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Pour que l’Uni­on Africaine ne soit pas notre tombeau




La Ligue Arabe a pris fait et cause pour le peuple syrien opprimé en révolte : elle a donné deux mois à Bachar al-Assad pour quitter le pouvoir afin que le peuple syrien ait une nouvelle gouvernance. Et l’on dira peut-être que la forte recommandation de la Ligue a pu être dictée par le fait que les Alaouites, qui règnent sur la Syrie depuis plus d’un demi siècle, représentent une minorité en Syrie même et dans l’ensemble du monde arabe. Peut-être. Mais il est indéniable que ce qui fonde objectivement la prise de position de la Ligue Arabe, c’est la révolte du peuple syrien opprimé par un gouvernement dont le devoir était de le protéger.



La prise de position claire et nette de la Ligue Arabe amène à se poser la question dramatique et cynique de savoir combien il eût fallu de milliers de Libyens mis à mort, combien il eût fallu de villes libyennes rasées du fait de la colère du ‘‘roi des rois d’Afrique’’ pour que l’Uni­on Africaine (UA) recommandât le retrait du pouvoir du Colonel-Guide après quarante-deux ans de règne sans partage, et qui se soldait par la révolte du peuple libyen n’en pouvant plus d’arbitraire et d’oppression. En Côte d’Ivoire, l’UA s’est comportée de piteuse manière en ménageant la chèvre et le choux alors même que Ouattara et Gbagbo en étaient déjà à se régler les comptes par le truchement de 3.000 Ivoiriens environ mis à mort à coups de canon. L’année 1994 paraît si loin que personne ne se souvient de la position pantelante de l’UA (qui s’appelait peut-être encore OUA) pendant le génocide du Rwanda. En ces trois circonstances tragiques, où parties de l’Afrique étaient à feu et à sang, il a fallu l’action de forces parfaitement extérieures à l’UA pour imposer une solution afin que les peuples ne fussent plus chair à canon pour des leaders chefs de factions. Dans ces trois circonstances et d’autres, les chefs d’Etat réunis au sein de l’UA se sont comportés comme si ne leur importait nullement la solidarité avec les peuples africains, fussent-ils éperdus d’arbitraire et d’oppression, mais que seule leur importait la solidarité entre eux pour le maintien du statu quo, dût-il entraîner pogroms épisodiques pour cause de révolte ‘‘sévèrement réprimée’’.
Si l’Uni­on Africaine s’avère un syndicat de chefs d’Etat résolus à se solidariser avec les tyrans et les tyranneaux, les dictateurs et apprentis dictateurs d’entre eux, qui répriment dans le sang la révolte des opprimés, il est évident que les peuples africains n’ont nul besoin de cette Uni­on Africaine, que l’on voit incapable de juger Hissène Habré pour les milliers de Tchadiens mis à mort sous son règne sanglant, que l’ont voit sans idée pour contrer Boko Haram en extension à partir du Nigeria, sans idée pour contrer AQMI en extension à partir du Niger. Cette Uni­on Africaine sans vision et sans prévision de l’avenir de l’Afrique est un triste machin, à qui la Ligue Arabe, qui n’est pas une assemblée de chefs d’Etat démocrates, est en train de donner une leçon de grandeur, une belle leçon de solidarité avec l’une de ses composantes en souffrance parce que en révolte contre l’arbitraire et l’oppression.
Face à la Ligue Arabe solidaire avec le peuple syrien opprimé, l’Uni­on Africaine ne représente qu’un vestige du passé dont il faudrait se débarrasser. Se débarrasser de l’Uni­on Africaine ? Oui, mais sans qu’il soit nécessaire, pour autant, de la faire trépasser. Il suffit de l’oublier, la laisser vaticiner de sommet en sommet, et, pendant qu’elle ronronne et se dissout lentement mais sûrement dans le grésillement de ses disques rayés, dans les effluves d’inconscience de ses dîners de gala, dans les relents du sang des pogroms épisodiques entre lesquels elle court et bavarde pour n’avoir pas à secourir les peuples en détresse, saisir l’urgence de la tâche à faire et comprendre qu’elle incombe aux générations aujourd’hui montantes à qui s’adresse Aimé Césaire depuis toujours : ‘‘C’est d’une remontée jamais vue que je parle, et malheur à celui dont le pied flanche !’’ Car si notre pied flanche, ce sera la preuve, dit Aimé Césaire, que ‘‘Rien ne put nous insurger jamais vers quelque noble aventure désespérée’’. Pour que l’Uni­on Africaine ne soit pas notre tombeau, envisageons, avec sérénité et courage, la noblesse de l’insurrection au bout du désespoir. Insurrection du peuple debout, ayant foi définitivement en son honneur et en la noblesse de l’Africain dans le monde.

(Par Roger Gbégnonvi



01/02/2012
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