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Les Mouvements de Droits Civiques aux USA

Les Mouvements des droits civiques aux Etats-Unis étaient composés d'un grand nombre de groupes divers. Au cours de la première partie du XXe siècle, certains mouvements, tels l'Universal Negro Improvement Association de Marcus Garvey, obtinrent de grand succès, tandis que d'autres, comme les offensives juridiques de la NAACP, créée en 1909, contre la ségrégation gouvernementale, n'ont atteint que des résultats modestes à leurs débuts, avant d'obtenir une conquête majeure par l'arrêt rendu par la Cour suprême en 1954 lors de Brown v. Board of Education.


1- National Association for the Advancement of Colored People

La National Association for the Advancement of Colored People (L'association nationale pour l'avancement des gens de couleur), en général désignée par son sigle NAACP, est une organisation américaine qui a été fondée en 1909 à partir du Niagara Mouvement, qui avait été créé en 1905 par William Edward Burghard DuBois. La National Association for the Advancement of Colored People (L'association nationale pour l'avancement des gens de couleur), en général désignée par son sigle NAACP, est une organisation américaine qui a été fondée en 1909 à partir du Niagara mouvement, qui avait été créé en 1905 par William Edward Burghard DuBois. À sa création, elle regroupait des personnalités blanches comme Mary White Ovington, Joël et Arthur Spingarn et noires comme James Weldon Johnson et W.E.B. DuBois, qui dirigeait son journal « The Crisis ». La N.A.A.C.P a joué un rôle important dans le succès du Mouvement des Droits Civiques des années 1950 et 1960. C'est notamment son action devant les tribunaux, sous la direction de ses avocats Charles Hamilton Houston et Thurgood Marshall qui aboutit au grand arrêt Brown v. Board of Education de la Cour suprême des États-Unis en 1954, déclarant la ségrégation raciale illégale dans le domaine de l'éducation, en démontrant que la doctrine des ségrégationnistes ("séparés mais égaux") était intrinsèquement contradictoire. De nos jours, les objectifs de l’Association, sont la lutte contre le racisme et les discriminations dans tous les domaines de la vie sociale, économique et politique.George E.C. Hayes, à gauche, Thurgood Marshall, au centre, et James M. Nabrit, les avocats qui ont mené le combat devant la Cour Suprême afin d’abolir la ségrégation dans les écoles publiques. Ils descendent les marches de cette Cour suprême à Washington, le 17 mai 1954. Ce même jour, à l’unanimité des 9 voix, la Cour suprême donne raison à la NAACP en déclarant illégale la doctrine “séparés mais égaux” qui avait justifié la ségrégation légale. Malgré la Loi Brown Board of Education, l’université d’Alabama refuse d’admettre des étudiants noirs. En février 1956, les avocats du comité de défense juridique de la NAACP, Thurgood Marshall (au centre de la photo) et Arthur Shore (à droite), obtiennent un arrêt du tribunal obligeant l’université de l’Alabama à admettre Autherine Lucy (à gauche). Mais elle doit rapidement renoncer à suivre les cours après l’intrusion de centaines de blancs vociférant “lynchez la négresse”.En septembre 1957, 9 élèves noirs voulant s’inscrire au lycée de Little Rock (Arkansas) sont empêchés, pendant des semaines, d’y pénétrer. Ils sont finalement escortés par la Garde nationale fédérale. En 1960, la petite Ruby Bridges, six ans, est la première enfant afro-américaine à intégrer une école blanche en Louisiane. Devant l’hostilité des populations blanches locales, mais aussi des officiers de l’état de Louisiane, elle ne peut pénétrer dans l’établissement qu’accompagnée de maréchaux fédéraux.

Les neuf élèves de Little Rock sont escortés par la garde nationale fédérale.

La petite Ruby Bridges

James Meredith escorté par des officiers fédéraux afin de pouvoir s’inscrire à l’université du Mississippi, le 1er octobre 1962.

 

2- Universal Negro Improvement Association and African Communities League

La Universal Negro Improvement Association and African Communities League (UNIA) est une organisation nationaliste noire internationale créée par Marcus Garvey en Jamaïque en août 1914.Elle portait originellement le nom de Universal Negro Improvement and Conservation Association and African Communities League (le mot Conservation sera plus tard retiré). L'organisation est aussi connue sous l'acronyme UNIA-ACL, ou simplement U.N.I.A. Selon le préambule de la constitution de 1929 de l'UNIA, celle-ci est « une association sociale, amicale, humanitaire, charitable, éducative, institutionnelle, constructive et expansible, et est fondé par des personnes désirant à l'extrême travailler pour l'élévation générale des personnes d'ascendance africaine dans le monde. La devise de l'organisation est "un Dieu ! Un but ! Un destin !" ». La section new-yorkaise de l'UNIA est créée en 1917 par Marcus Garvey, avec 13 membres, qui seront 3 500 trois mois plus tard. Dans un contexte de ségrégation raciale, l'organisation d'origine Jamaïquaine a connu une rapide croissance au sein des communautés afro-américaines, mais aussi dans des communautés noires à l'extérieur des États-Unis.En 1920, l'association revendiquait ainsi 1 100 sections dans 40 pays. Mais les États-Unis resteront la principale base de l'organisation, et ce jusqu'à nos jours. L'UNIA créa des organisations et des entreprises satellites, parmi lesquelles la « légion africaine universelle », un groupe paramilitaire, les infirmières de la croix noire africaine, la société de la croix noire africaine, la Universal African Motor Corps, le Black Eagle Flying Corps, la Black Star Steamship Line (la ligne maritime de l'étoile noire), la Black Cross Trading and Navigation Corporation (la société de commerce et de navigation de la croix noire), et the Negro Factories Corporation (la société des usines nègres).

Bateau de la Black Star Line,la compagnie maritime fondée par Garvey

L'idéologie de la UNIA sera triple : amélioration du sort des noirs partout ou ils se trouvent, indépendances africaines, retour des noirs américains en Afrique.

Le drapeau rouge, noir et vert créé par l'UNIA en 1920. Les couleurs rouge, noir et vert ont été déclarées couleurs officielles de la race africaine par l'UNIA en 1920, lors de la convention du 13 août au Madison Square Garden. Le drapeau correspondant est ainsi nommé drapeau pan-africain, drapeau afro-américain, drapeau de libération des noirs, ou encore drapeau de l'UNIA. Les trois couleurs représentent :

• rouge : le sang qui unit tous les peuples ayant des ancêtres africains et celui de la lutte pour la libération

• noir : le peuple noir en tant que nation, bien que sans Etat correspondant ;

• vert : l'abondance de la nature d'Afrique.

Le drapeau aurait été créé en réponse à une chanson raciste, écrite en 1900 qui s'intitule Every race has a flag but the 'Coon'

L'Unia (United Negro Movement Association) fut le 1er mouvement international de masse destiné aux noirs

Un défilé de l'Unia dans les années 20

Marcus Garvey sera arrêté par le gouvernement américain en 1925, puis expulsé vers la Jamaïque en 1927. Pendant les années 1920 et 1930, la UNIA a été le principal moteur du nationalisme noir, dans les caraïbes mais surtout aux États-Unis. Beaucoup d'organisations afro-américaines, même celles refusant le nationalisme et le séparatisme noir, subiront l'influence de son militantisme de la « fierté noire. »

 

3- Black Power

Black Power est un mouvement politique qui vise à une nouvelle prise de conscience des noirs aux États-Unis d'Amérique. Il existe en même temps que le Mouvement des Droits Civiques représenté par Martin Luther King. Au contraire de ce mouvement, les Black Power sont un mouvement beaucoup plus radical. Il vise à combattre le pouvoir des blancs pour affirmer le pouvoir des noirs. Il est divisé en 2 : Les Black Panthers et les Black Muslims (représenté par Malcom X).

Un homme du K.Klan malmené. C'est en 1966 que Stokely Carmichael, président du SNICK (Student Non-Violent Coordinating Committee), diffuse l'expression de Black Power ou pouvoir noir. Il n'est plus possible en effet d'attendre qu'on applique les lois, ni de se contenter de la promotion de quelques Noirs au sein de la société blanche américaine. Toute la communauté noire est alors incitée à lutter pour sa propre promotion, la coopération véritable entre les races ne s'avérant possible que dans l'égalité. Le premier objectif du Black Power est donc d'amener la communauté noire, d'une part à prendre conscience de ce qu'elle est, de ses racines, de son histoire, de sa culture, d'autre part à définir ses propres buts et à prendre la direction d'organisations spécifiques.

Stokely Carmichael à la tribune.

À ces conditions seulement, les Noirs peuvent coopérer avec la société dominante aux États-Unis, en la transformant et en rejetant ceux de ses principes qu'ils jugent racistes. Par des pressions économiques et politiques, ils doivent contrôler les institutions là où ils sont majoritaires (dans les ghettos des villes et dans certains comtés du Sud), ou participer au contrôle en proportion de leurs forces là où ils ne sont pas majoritaires.

-Black Panther Party

Le Black Panther Party (à l'origine le Black Panther Party for Self-Defense) était un mouvement révolutionnaire afro-américain formé aux États-Unis en 1966 par Bobby Seale et Huey P. Newton qui a atteint une échelle nationale.

Huey P. Newton, fondateur du Black Panther Party 1967- Courtesy La B.A.N.K


Bobby Seale

L'organisation est connue pour son programme « Free Breakfast for Children », l'utilisation du terme « pigs » (cochons) pour décrire les agents de police ainsi que pour avoir apporté des armes à feu à l'assemblée législative californienne.

Les membres du Student Nonviolent Coordinating Committee (SNCC), parmi lesquels Stokely Carmichael, travaillaient à enregistrer les votants dans le comté de Lowndes, en Alabama. Suivant le succès du Mississippi Freedom Party, les organisateurs travaillaient à créer la Lowndes Organization comme parti indépendant.

"La panthère a été choisie comme emblème car c'est un animal noir et magnifique qui n'attaque pas mais se défend férocement"

La panthère noire, symbole du Black Panther Party

Le parti a lancé une variété de programmes communautaires, initialement dans la région d'Oakland, incluant un programme de dépistage de la drépanocytose, des cliniques gratuites et des distributions de nourriture. Le programme qui a été de loin le plus populaire et qui a eu le plus de succès est sans doute le « Free Breakfast for Children Program », initialement d'une église de San Francisco et qui a nourri des milliers d'enfants durant l'histoire du parti...

Les Black Panthers ont aussi offert de nombreux autres services gratuits tels que des vêtements, des cours de politique et d'économie, des cliniques médicales, des leçons d'autodéfense et de premiers soins, des transports vers les prisons pour les membres de la famille des détenus, un programme d'ambulance de soins d'urgence, des mesures de réhabilitation à l'alcoolisme et à la toxicomanie, et le dépistage de la drépanocytose.

Les Panthers ont testé plus de 500 000 Afro-Américains pour cette maladie avant que les établissements médicaux reconnaissent qu'elle affecte presque exclusivement les membres de la communauté noire. Le parti a aussi combattu l'usage de drogues dans la communauté Afro-Américaine en arrêtant les opérations des trafiquants de drogue et en faisant de la propagande anti-drogue.

a- Activités politiques

Le Parti a brièvement fusionné avec le Student Nonviolent Coordinating Committee avec à leur tête Stokely Carmichael (plus tard Kwame Toure).

En 1967, le parti organisa une marche vers le siège du pouvoir législatif de la Californie en vue de protester contre la volonté de l'état de délégaliser le port d'armes chargées en public. Les participants y portaient des fusils.

Le Parti a été ciblé par le programme COINTELPRO du FBI, qui tentait systématiquement d'interrompre les activités et de dissoudre le parti.

Lors de l'une des plus notoires de ces actions, le FPB et la police de Chicago ont pris d'assaut la résidence de l'organisateur talentueux et charismatique des Panthers Fred Hampton le 4 décembre 1969. Les personnes dans la maison ont été droguées par l'informateur du FBI William O'Neal et tous étaient endormis lors de l'assaut. Hampton fut atteint par balles et tué ainsi que le garde Mark Clark.

Fred Hampton

Les autres dans la maison ont été tirés dans la rue et battus puis accusés pour voies de fait. Ces accusations ont été par la suite retirées. Les membres Bunchy Carter et John Huggins ont été tués sur le campus de l'UCLA en 1969 lors d'un autre incident.

Lors des Jeux Olympiques de 1968, pendant la remise des médailles, Les athlètes américains Tommie Smith, vainqueur, et John Carlos, troisième, sur le podium du 200 levèrent le poing ganté de noir et baissèrent la tête au son de l’hymne des Etats-Unis. Ils manifestaient contre la ségrégation raciale et furent expulsés du village olympique pour cet acte.

Le 18 octobre, les Américains Lee Evans, Larry James, Ron Freeman, arrivés en tête du 400 mètres portent sur le podium le béret noir des Black Panthers en levant le poing.

 

b- Programme en dix points


Le parti a été fondé sur un programme comportant dix points (Ten Point Plan) listés ci-dessous et disponibles en entier (en) avec les commentaires explicatifs du parti pour chacun des points. Le Ten Point Plan fut l'un des documents centraux du parti et sa distribution était la méthode la plus importante de propagande, d'éducation et de recrutement. Les dix points:

1. Nous voulons la liberté. Nous voulons le pouvoir de déterminer le destin de notre Communauté Noire.

2. Nous voulons le plein emploi pour notre peuple.

3. Nous voulons la fin du vol de notre Communauté Noire par les capitalistes.

4. Nous voulons des habitations décentes, propres à l'hébergement de personnes.

5. Nous voulons une éducation pour notre peuple qui expose la véritable nature de cette société Américaine décadente. Nous voulons une éducation qui nous enseigne notre véritable histoire et notre rôle dans la société d'aujourd'hui.

6. Nous voulons que tous les hommes noirs soient exemptés du service militaire.

7. Nous voulons la fin immédiate de la brutalité policière et du meurtre des personnes noires.

8. Nous voulons la liberté pour tous les hommes noirs détenus dans des prisons municipales, de comtés, d'état et fédérales.

9. Nous voulons que toutes les personnes noires amenées en cour soient jugées par leurs pairs ou par des personnes de leurs communautés noires tel que défini dans la Constitution des États-Unis.

10. Nous voulons des terres, du pain, des logements, de l'éducation, des vêtements, la justice et la paix.

 

c- Déclaration des Black Panthers : Pourquoi nous ne sommes pas racistes ?


Le parti des Panthères noires n'est pas une organisation raciste noire, et cela à aucun point de vue. Nous connaissons bien les origines du racisme. Notre ministre de la Défense, Huey P. Newton, nous a appris à comprendre qu'il nous fallait nous opposer au racisme sous toutes ses formes. Le parti a conscience du fait que le racisme est ancré dans une grande partie de l'Amérique blanche, mais il sait aussi que les sectes embryonnaires qui prolifèrent à l'heure actuelle dans la communauté noire ont à leur base une philosophie raciste.

Le parti des Panthères noires ne se place pas au niveau vil et bas du Ku Klux Klan, des "chauvins blancs" ou des organisations de citoyens blancs, soi-disant patriotiques, qui haïssent les Noirs pour la couleur de leur peau, même si certaines de ces organisations proclament "Oh, nous ne haïssons pas les Noirs, la seule chose, c'est que nous ne les laisserons pas faire ceci, ni cela! " Ce n'est en fait que de la basse démagogie, masquant le vieux racisme qui fait un tabou de tout, et en particulier du corps. L'esprit des Noirs a été étouffé par leur environnement social, cet environnement décadent qu'ils ont subi quand ils étaient esclaves et qu'ils subissent encore depuis la soi-disant Proclamation d'émancipation. Les Noirs, les Bruns, les Chinois et les Viêt-namiens, font l'objet de surnoms péjoratifs tels que crasseux, nègres, et bien d'autres encore.

Ce que le parti des Panthères noires a fait en substance, c'est appeler à l'alliance et à la coalition tous les gens et toutes les organisations qui veulent combattre le pouvoir. C'est le pouvoir qui, par ses porcs et ses pourceaux, vole le peuple; l'élite avare et démagogue de la classe dirigeante qui agite les flics au-dessus de nos têtes, et qui les dirige de manière a maintenir son exploitation.

A l'époque de l'impérialisme capitaliste mondial, impérialisme qui se manifeste aussi contre toute sorte de gens ici même en Amérique, nous pensons qu'il est nécessaire en tant qu'êtres humains, de lutter contre les idées fausses actuelles telles que l'intégration.

Si les gens veulent s'intégrer - et je présume qu'ils y arriveront d'ici cinquante ou cent ans - c'est leur affaire. Mais pour l'instant, notre problème, c'est ce système de classe dirigeante qui perpétue le racisme et l'utilise comme moyen de maintenir son exploitation capitaliste. Elle utilise les Noirs, et en particulier ceux qui sortent de l'Université et sont issus de ce système d'élite, parce que ceux-ci ont tendance à tomber dans le racisme noir qui n'est pas différent de celui que le Ku Klux Klan où les groupes de citoyens blancs pratiquent, il est évident que combattre le feu par le feu a pour résultat un grand incendie. Le meilleur moyen de combattre le feu, c'est l'eau parce qu'elle éteint. L'eau, c'est ici la solidarité du peuple dans la défense de droit à s'opposer à un monstre vicieux. Ce qui est bon pour l'homme est bon pour nous. Ce qui est bon pour le système de la classe diricapitaliste ne peut pas être bon pour la masse.

Nous, le parti des Panthères noires, nous voyons les Noirs comme une nation à l'intérieur d'une nation, mais pas pour des raisons racistes. Nous le voyons comme une nécessité qui s'impose, si nous voulons progresser en tant qu'êtres humains et vivre sur cette terre en accord avec les autres peuples.

Nous ne combattons pas le racisme par le racisme. Nous combattons le racisme par la solidarité. Nous ne combattons pas le capitalisme exploiteur par le capitalisme noir. Nous combattons le capitalisme par le socialisme. Nous ne combattons pas l'impérialisme par un impérialisme plus grand. Nous combattons l'impérialisme par l'internationalisme prolétarien. Ces principes sont essentiels dans le parti. Ils sont concrets, humains et nécessaires. Ils devraient être adoptés par les masses.

Nous n'utilisons et n'avons jamais utilisé nos armes pour pénétrer la communauté blanche et tirer sur des Blancs. Tout ce que nous faisons, c'est de nous défendre contre quiconque nous attaque sans raison et essaie de nous tuer lorsqu'on met en pratique notre programme, qu'il soit noir, bleu, vert ou rouge. Tout bien considéré, je pense que dans nos actions, tout le monde peut voir que notre organisation n'est pas une organisation raciste, mais un parti progressiste révolutionnaire. Ceux qui veulent semer la confusion dans la lutte en parlant de différences ethniques sont ceux qui maintiennent et facilitent l'exploitation des masses des pauvres Blancs, des pauvres Noirs, des Bruns, des Indiens rouges, des pauvres Chinois et Japonais et des travailleurs en général.

Le racisme et les différences ethniques permettent au pouvoir d'exploiter la masse des travailleurs de ce pays parce que c'est par là qu'il maintient son contrôle. Diviser le peuple pour régner sur lui, c'est l'objectif du pouvoir; c'est la classe dirigeante, une infime minorité constituée de quelques pourceaux et de rats avares et démagogues, contrôle et pourrit le gouvernement. La classe dirigeante avec ses chiens, ses laquais, ses lèche-bottes, ses "Toms", ses Noirs racistes et ses nationalistes culturels, - ils sont tous les chiens de garde de la classe dirigeante. Ce sont eux qui aident au maintien du pouvoir en perpétuant leurs attitudes racistes et en utilisant le racisme comme moyen de diviser le peuple. Mais c'est seulement la petite minorité qui constitue la classe dirigeante qui domine, exploite et opprime les travailleurs.

Nous faisons tous partie de la classe ouvrière, que nous travaillions ou non et notre unité doit se constituer sur la base des nécessités concrètes de la vie, la liberté et la recherche du bonheur, si ça signifie encore quelque chose pour quelqu'un. Pour que les problèmes qui existent puissent être résolus, cette unité doit être basée sur des choses concrètes comme la survie des gens, et leur droit à l'autodétermination. En résumé, il ne s'agit donc pas d'une lutte raciale et nous en ferons rapidement prendre conscience aux gens. Pour nous, il s'agit d'une lutte de classe entre la classe ouvrière prolétarienne qui regroupe la masse, et la minuscule minorité qu'est la classe dirigeante. Les membres de la classe ouvrière, quelle que soit leur couleur, doivent s'unir contre la classe dirigeante qui les opprime et les exploite. Et laissez-moi encore insister: Nous croyons que notre combat est une lutte de classe et non pas une lutte raciale. »

(Extraits de "A l'affût - Histoire du Parti des Panthères noires et de Huey Newton" par Bobby Seale, Collection Témoins Gallimard, 1972 (édition française)

 

- Black Muslim (Nation of Islam)

La Nation de l'Islam, ou Lost - found Nation of Islam in North-America, parfois aussi appelée Allah Temple of Islam4 est la matrice de quasiment toutes les organisations musulmanes actuelles de la communauté afro-américaine, et a été fondée à Detroit, dans le nord des États-Unis, en 1930, par Wallace Fard Muhammad.

Wallace Fard Muhammad

 

a- L’idéologie du mouvement

La vision idéologique de Nation of Islam a été formalisée dans le Muslim Program de 1965, toujours en vigueur, mais l'essentiel des ces thématiques étaient déjà clairement affirmées dès les années 1930. Malgré une certaine modération de l'interprétation des principes fondamentaux de la NOI (en particulier le rejet des blancs), la NOI du début du XXIe siècle a un positionnement idéologique très similaire à celle des débuts.


-Indépendance sociale et politique des noirs

L'idéologie de Nation of Islam ne se limite pas au domaine religieux. Elle a aussi une forte composante sociale et politique, neutre d'un point de vue islamique, et que l'organisation peut partager en tout ou partie avec d'autres groupes nationalistes afro-américains. L'idée centrale est l'indépendance des noirs par rapport aux blancs. Cette idée s'exprime au niveau territorial par la volonté de créer un état indépendant noir, par exemple dans le sud des États-Unis, quitte à organiser un déplacement massif des noirs vers ce nouveau pays.

« Nous voulons que notre peuple en Amérique dont les parents et grands-parents étaient des descendants d'esclaves puissent établir un état séparé». Ce projet n'a cependant jamais réellement été soutenu par des initiatives concrètes : « le séparatisme racial que Muhammad a pratiqué était plus symbolique que toute autre chose, limité à construire une identité noire et à la création d’institutions et d'entreprises dirigées par des noirs. Les changements-tremblements de terre, tels que la destruction du “diable blanc” et la tâche monumentale du transport et de la réinstallation de vingt millions de noirs ailleurs, ont été laissés à Allah, qui choisirait sa propre heure pour agir».

Le changement de nom, et parfois du prénom, est une règle de la communauté, et serait dû à un commandement de Wallace Fard Muhammad lui-même. Il s'agit pour le nouvel adhérent d'affirmer la rupture symbolique avec son passé d'incroyant, mais aussi d'exprimer le refus du « nom d'esclave », et donc l'indépendance vis-à-vis du monde blanc. Les déportés africains aux États-Unis recevaient en effet un prénom chrétien et un nom de famille, tous deux choisit par le propriétaire du nouvel esclave.

Elijah Muhammad

Les prénoms du nouveau membre de la NOI ne sont pas toujours changés, mais quand ils le sont c'est au bénéfice de prénoms islamiques. Les noms de familles sont également fréquemment changés, généralement en faveur d'un nom musulman, mais parfois aussi d'un nom africain ou d'un « X » symbolique, exprimant l'effacement du patronyme historique par l'esclavage.

L'indépendance doit aussi se construire dans le domaine économique. Nation of Islam a très tôt insisté sur la nécessité pour les noirs en général, et les « musulmans noirs » en particulier, de construire des entreprises noires et d'acheter préférentiellement dans ces entreprises. Il s'agit d'une part d'acquérir un statut social plus favorisé, et d'autres part de ne plus dépendre des patrons blancs, accusés de racisme. À ce titre, l'organisation a crée dès les années 30 des entreprises sous son contrôle, mais à aussi encouragé ses membres à créer leurs propres entreprises, tout en favorisant l'emploi des membres de la communauté et les relations économiques avec les autres sociétés « musulmanes ». Le succès a été en partie au rendez-vous, et un tissu petit mais actif d'entreprises liées directement ou indirectement à la NoI s'est affirmé avec les années.

L'indépendance doit enfin se construire dans le domaine intellectuel. La NOI accuse en effet le système américain d'éducation d'avoir toujours maintenu les noirs dans une situation d'échec scolaire et d'exclusion des universités (situation qui a cependant beaucoup évolué depuis les années 1960), et d'avoir développé des programmes ethno-centrés développant le mépris pour les noirs et les civilisation extra-européennes. À ce titre « nous voulons une éducation égale, mais des écoles séparées jusqu'à l’âge de 16 ans pour les garçons et 18 ans pour les filles, à la condition que les filles soient envoyées dans des écoles et des universités pour filles19. Nous voulons que tous les enfants noirs soient éduqués, enseignés et entraînés par leurs propres professeurs».

Pour Nation of Islam, l’homme noir est à l’origine des blancs. Ceux-ci sont en effet le résultat d’une expérience qui aurait mal tourné, et ils incarnent le diable. Cette thématique est certes aujourd’hui moins affirmée, et elle ne fait d’ailleurs pas partie des 12 points du "Message to the Blackman in America" d’Elijah Muhammad, le programme officiel de la NoI.Mais elle reste répandue chez les adhérents de la NoI.

Malcolm X

 

4- Les Mouvements de revendication des Droits Civiques

Le révérend Martin Luther King Jr est un pasteur baptiste afro-américain né à Atlanta (États-Unis) le 15 janvier 1929 et mort assassiné le 4 avril 1968 à Memphis. Militant non violent pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis, pour la paix et contre la pauvreté, il organise et dirige des actions tel le Boycott des bus de Montgomery pour défendre le droit de vote, la déségrégation et l'emploi des minorités. Il prononce un discours célèbre le 28 août 1963 devant le Lincoln Mémorial à Washington durant la marche pour l'emploi et la liberté : « I have a dream » (J'ai un rêve). Il est soutenu par John F. Kennedy dans la lutte contre la discrimination raciale ; la plupart de ces droits seront promus par le « Civil Rights Act » et le « Voting Rights Act » sous la présidence de Lyndon B. Johnson.

Le président Lyndon Johnson signant le Civil Rights Act devant Martin Luther King, 2 juillet 1964.

 

1- Civil Rights Act de 1964

Aux États-Unis le Civil Rights Act (plusieurs lois américaines portent ce nom) du 2 juillet 1964, signé par le président des États-Unis, Lyndon Johnson, a déclaré illégale la discrimination reposant sur la race, la couleur, la religion, le sexe, ou l’origine nationale.

Il était conçu au départ pour protéger les droits des Afro-américains, puis fut amendé pour élargir la protection à tous, hommes et femmes. Cette loi contribua à réformer la société américaine dans la mesure où elle interdisait la discrimination dans les bâtiments publics, dans l’administration et les emplois.

Les lois Jim Crow des États du Sud furent abolies et la ségrégation raciale fut abolie dans les écoles et ailleurs. Si au départ les mesures d’application laissaient à désirer elles sont devenues par la suite plus efficaces et ont permis le développement de la politique d’« affirmative action » (traduite en français par le terme de « discrimination positive »).

 

2- Voting Rights Act

Le Voting Rights Act (Loi sur les droits de vote) est une loi des États-Unis d'Amérique qui a été signée par le président Lyndon Johnson le 6 août 1965.

Bien qu'en théorie les Noirs américains disposaient du droit de vote depuis 1870, le droit de vote dans certains États du sud était subordonné à la réussite à un test de type scolaire assez exigeant, auquel la plupart des Noirs échouaient. De plus, une taxe était souvent requise avant de voter, que la plupart des Noirs n'avaient pas les moyens de payer.

Le Voting Rights Act supprima entre autres ces restrictions et permit donc à toute la population noire de voter. Le président George W. Bush signa son extension pour 25 ans le 27 juillet 2006.

 

3- Boycott des bus de Montgomery


Rosa Parks Rosa

Parks devint célèbre lorsque, le 1er décembre 1955, dans la ville de Montgomery, elle refusa d'obéir au conducteur de bus James Blake qui lui demanda de laisser sa place à un Blanc et d'aller s'asseoir au fond du bus.

Dans les bus de Montgomery, les quatre premiers rangs étaient réservés aux Blancs. Les Noirs, qui représentaient 75 pour cent des utilisateurs, devaient s'asseoir à l'arrière du bus. Ils pouvaient néanmoins utiliser la zone centrale, jusqu'à ce que des Blancs en aient besoin ; ils devaient alors soit céder leur place et aller vers le fond, soit quitter le bus. Comble de l'humiliation : si ces places étaient occupées, les Noirs devaient bien acheter leur billet à l'avant, mais devaient ressortir avant de rentrer de nouveau par la porte arrière du bus pour rejoindre les emplacements qui leur étaient destinés. Mme Parks n'était pas la première personne à violer ce règlement et d'autres personnes l'avaient payé durement, parfois de leur vie.

Pendant des années, la communauté noire se plaignit de la situation et Mme Parks ne faisait pas exception:

« Ma résistance à ces mauvais traitements dans le bus n'ont pas commencé avec cette arrestation. J'ai fait beaucoup de marche à pied à Montgomery. »

Parks en fit une expérience publique un jour pluvieux de 1943, quand le chauffeur de bus James Blake, lui demanda de descendre du bus et d'y rentrer de nouveau par la porte arrière. Alors qu'elle se dirigeait vers la porte avant, elle laissa tomber son porte-monnaie ; elle s'assit un instant sur un siège réservé aux passagers blancs pour le récupérer. Furieux, le chauffeur de bus lui laissa à peine le temps de descendre du bus, qu'il accéléra. Rosa Parks marcha plus de huit kilomètres sous la pluie. Ironie du sort, c'était le même chauffeur que le 1er décembre 1955. Ce jour de 1955, elle n'avait semble-t-il pas planifié son geste, mais une fois décidée, elle l'assuma totalement. Elle fut arrêtée, jugée et inculpée de désordre public ainsi que de violation des lois locales. Elle joignit l'avocat Edgar Nixon, membre du chapitre de Montgomery du NAACP. Bien que furieux du traitement réservé à Madame Parks, il vit toutefois de suite l'intérêt symbolique du combat à mener. Il appela un avocat blanc, Clifford Durr, qui accepta de contester la loi sur la ségrégation dont Rosa Parks était la victime.

Rosa Parks arrêté par la police

La nuit suivante, cinquante dirigeants de la communauté afro-américaine, emmenés par un jeune pasteur peu connu à l'époque Dr. Martin Luther King, Jr, se réunirent à l'église baptiste de la Dexter Avenue pour discuter des actions à mener à la suite de l'arrestation de Rosa Parks. Ils y fondent le Montgomery Improvement Association, dont ils élisent King comme président. Il y popularisera les théories de la non-violence et de la désobéissance civile. Le mouvement a trois revendications immédiates :

1- que les Blancs et les Noirs puissent s'asseoir où ils veulent dans l'autobus ;

2- que les chauffeurs soient plus courtois à l'égard de toutes les personnes ;

3- que des chauffeurs noirs soient engagés.

La veille du procès, 35 000 tracts sont distribués pour inviter les Noirs à ne plus emprunter les bus le lundi 5 décembre. Le mot d'ordre fut repris le lundi par The Montgomery Advertiser, le journal noir local. Le mot d'ordre fut reconduit après une réunion à l'église. C'est le début du boycott des bus de Montgomery ; il se prolongera 381 jours. Des dizaines de bus publics sont restés au dépôt pendant des mois jusqu'à ce que la loi sur la ségrégation dans les bus publics fût levée. La plupart marchèrent à pied ; des taxis conduits par des Noirs firent des trajets au tarif du bus (10 cents).

Femme boycottant les bus de Montgomery, décembre 1955.

Peu à peu, grâce en partie à l'écho international qu'eut le mouvement, des fonds ont commencé à arriver, permettant de mettre en place un service d'autobus parallèle, ou plus modestement l'achat de paires de chaussures. Des actes violents furent perpétrés, y compris le dynamitage des domiciles de Martin Luther King et de l'avocat Edgar Nixon, et de nombreuses vexations furent recensées contre les Noirs. Fidèle à sa stratégie, King demande de ne pas répondre à ces actes. Ce mouvement provoqua beaucoup d'autres protestations contre la ségrégation menée aux États-Unis…

À travers son rôle initiateur du boycott, Rosa Parks contribua à la prise de conscience des Américains dans la lutte pour les droits civiques. King écrit dans son livre paru en 1958, Stride Toward Freedom, « L'arrestation de Mme Parks fut l'élément déclencheur plutôt que la cause des protestations... »

Rosa Parks vers 1955 avec Martin Luther King

Finalement, le 13 novembre 1956, la Cour suprême des États-Unis statua par l'arrêt Browdler v. Gayle que la ségrégation dans les bus était anticonstitutionnelle. La nouvelle ne parvint à Montgomery que le 20 novembre. Le boycott cessa le lendemain.

Toutefois, la violence continua avec des tirs contre les bus et le domicile de Luther King et des explosions visant les églises fréquentées par les Noirs. Et si la ségrégation avait été abolie dans les bus de l'État, ce n'était pas encore le cas pour les liaisons interétatiques. Un groupe de jeunes fonda le Freedom Ride, mais après quelques jours, un de ces bus fut stoppé par le KKK ; ses occupants furent battus et le véhicule incendié.

Un bus transportant des Freedom riders incendié, à Anniston (Alabama), le 14 mai 1961.

Ce n'est qu'en 1964 que les lois ségrégationnistes Jim Crow sont abrogées par le Civil Rights Act qui interdit toute forme de ségrégation dans les lieux publics, puis en 1965 par le Voting Rights Act qui supprime les tests et les taxes pour devenir électeur.

Martin Luther expose en 1958 son point de vue sur la ségrégation raciale et la spirale d'inégalité et de haine qu'elle provoque dans le livre Stride toward freedom; the Montgomery story (« la marche vers la liberté ») :

« Souvent, les hommes se haïssent les uns les autres parce qu'ils ont peur les uns des autres ; ils ont peur parce qu'ils ne se connaissent pas ; ils ne se connaissent pas parce qu'ils ne peuvent pas communiquer ; ils ne peuvent pas communiquer parce qu'ils sont séparés. »

En 1959, il écrit le livre The Measure of A Man (La Mesure d'un homme), une tentative de dépeindre une structure optimale de société politique, sociale et économique, duquel la pièce What is Man? (Qu'est ce qu'un homme ?) est tirée.

Martin Luther King organise et mène des marches pour le droit de vote des Afro-américains, la déségrégation, le droit du travail et d'autres droits de l'homme basiques. La plupart de ces droits ont été votés comme lois avec le Civil Rights Act de 1964 et le Voting Rights Act de 1965. Martin Luther et le SCLC appliquent avec succès les principes de manifestation non-violente en choisissant stratégiquement les lieux et la méthode de protestation qui aboutissent à des confrontations spectaculaires avec les autorités ségrégationnistes……

250.000 personnes se sont déplacées à Washington

Les protestations commencent par un boycott à Pâques 1963 pour inciter les chefs d'entreprise à ouvrir les emplois de vendeurs et d’autre poste aux personnes de toute race, et d'arrêter la ségrégation dans les magasins, par exemple sous la forme de caisses réservées aux blancs. Quand les dirigeants économiques résistent au boycott, Martin Luther et le SCLC commencent ce qu'ils baptisent le projet C, une série de manifestations non-violentes tel que des sit-in dans les restaurants et bibliothèques, agenouillement de personnes noires dans les églises réservées aux blancs, marches de protestation pacifiques, le tout réalisé pour provoquer des arrestations. Martin Luther résume la philosophie de la campagne de Birmingham :

« Le propos de l'action directe est de créer une situation qui soit un tel paquet de crises qu'elle ouvre inévitablement la porte à des négociations. »

Le 1er février 1960, quatre étudiants noirs entament une manifestation non violente contre la ségrégation régnant dans la cafétéria du magasin Woolworth de Greensboro. En quelques jours, des centaines d’étudiants prennent part à des sit-ins, qui gagnent bientôt de nombreuses villes du sud. De nombreux étudiants et des professeurs sont renvoyés par les administrations des universités, mais ils obtiennent finalement satisfaction, puisque la ségrégation est abolie dans le magasin Woolworth de Greensboro à l’été 1960.

Il est lui-même arrêté le 13 avril, et c'est là qu'il écrit la célèbre Lettre de la prison de Birmingham (Letter from Birmingham Jail), un traité définissant sa lutte contre la ségrégation. Il reçoit un soutien direct du président John Fitzgerald Kennedy, sa femme Coretta celui de Jacqueline Kennedy ; il est libéré une semaine plus tard.

Organisateur des manifestations pacifiques, Martin Luther King et ses compagnons furent arrêtés par les autorités municipales. MLK rédige à l’attention du clergé blanc local sa “lettre de la prison de Birmingham“.

Coretta Scott King, femme de Martin Luther King, était une importante militante pour les droits civiques, elle-même victime de discrimination.

John Fitzgerald (35e président des États-Unis d'Amérique)

Les scènes de violences policières largement relayées par les média causent des réactions internationales et mettent en lumière la ségrégation raciale ayant lieu dans le sud des États-Unis. Le sénateur de l'Oregon Wayne Morse compare Birmingham à l'apartheid en Afrique du Sud. Les prisons sont pleines, certains enfants se présentant directement devant elles en chantant pour être arrêtés. La ville est au bord de l'effondrement civil et économique car aucun commerce du centre ville ne fonctionne plus.

Robert Kennedy envoie la garde Nationale pour éviter tout débordement le 13 mai suite à deux attentats à la bombe contre un hôtel où avait résidé Martin Luther King et contre la maison du frère de celui-ci, qui avaient dégénéré en manifestations contre les policiers. Le 21 mai le maire démissionne, le chef de la police est renvoyé et en juin toutes les pancartes ségrégationnistes sont enlevées et les lieux publics ouverts aux noirs.

A la fin de la campagne, la réputation de Martin Luther s'est considérablement renforcé et Birmingham est un élément du succès de la marche vers Washington.

Le dimanche 15 septembre, un attentat à la bombe du Ku Klux Klan contre l'église baptiste de la 16e rue pendant la prière provoque la mort de quatre jeunes filles noires et blesse 22 enfants. L'attaque provoque l'indignation nationale et renforce le mouvement des droits civiques…

Le dimanche matin 15 septembre, une bombe explose dans l’église baptiste de la 16è rue à Birmingham (Alabama), tuant quatre écolières noires. Quelques jours seulement après la marche sur Washington, cet attentat raciste suscite consternation et désespoir.

Martin Luther King fut le dirigeant d'une des six grandes organisations pour les droits civiques qui organisent la marche sur Washington pour les emplois et la liberté. Il est l'un de ceux qui acceptent le souhait du président John F. Kennedy de changer le message de la marche.

Le président, qui avait déjà soutenu publiquement Martin Luther King et était déjà intervenu plusieurs fois pour le faire sortir de prison s'était initialement opposé au principe de la marche car il craignait un impact négatif sur le vote de la loi sur les droits civiques.

Le but initial de la marche était de montrer la situation désespérée des afro-américains des états du sud et l'échec du gouvernement fédéral à assurer leurs droits et leur sécurité. La marche fait cependant des demandes spécifiques : • la fin de la ségrégation raciale dans les écoles publiques ;

• une législation significative sur les droits civiques (incluant une loi interdisant la discrimination raciale dans le monde du travail) ;

• une protection des activistes des droits civiques de la violence policière ;

• un salaire minimum de 2 $ pour tous les travailleurs sans distinction ;

• un gouvernement indépendant pour Washington, D.C., qui dépend alors d'un comité du congrès.

En dépit des tensions, la marche est un énorme succès. Plus de 250 000 personnes de toutes les ethnies se réunissent le 28 août 1963 face au Capitole, dans ce qui est la plus grande manifestation ayant eu lieu jusque là dans l'histoire de la capitale américaine. Le point d'orgue du combat de Martin Luther King est son illustre discours « I have a dream », où il manifeste sa volonté et son espoir de connaître une Amérique fraternelle. Cette déclaration est considérée comme un des meilleurs discours de l'histoire américaine avec le Gettysburg Address d'Abraham Lincoln.

 

4- Bloody Sunday (Dimanche sanglant)

En décembre 1964, Martin Luther et le SCLC joignent à nouveau leurs forces avec le Student Non violent Coordinating Committee (SNCC) à Selma, Alabama, où le SNCC travaille à l'enregistrement des électeurs sur les listes électorales depuis des mois. Selma est alors un lieu important pour la défense du droit de vote des afro-américains. La moitié des habitants de la ville sont noirs mais seul 1 % d'entre eux sont inscrits sur les listes électorales, le bureau d'enregistrement qui n'est accessible que deux jours par mois, ouvre en retard et subit des pauses déjeuner à rallonge

Le dimanche 7 mars 1965, 600 défenseurs des droits civiques quittent Selma pour tenter de rejoindre Montgomery, la capitale de l'état, pour présenter leurs doléances au moyen d'une marche pacifique. Ils sont arrêtés au bout de quelques kilomètres au pont Edmund Pettus par la police et une foule hostile qui les repoussent violemment à coup de matraques et de gaz lacrymogène. Ce jour sera connu sous le nom de « bloody sunday » et marqua un tournant dans la lutte pour les droits civiques. Les reportages montrant les violences policières permettent au mouvement de gagner le soutien de l'opinion publique et soulignent le succès de la stratégie non-violente de Martin Luther King…

Deux jours après, Martin Luther mène une marche symbolique jusqu'au pont, une action qu'il semblait avoir négocié avec les autorités locales et qui provoqua l'incompréhension des activistes de Selma. Le mouvement cherche alors la protection de la justice afin d'accomplir la marche et le juge de la cour fédérale Frank Minis Johnson Jr tranche en faveur des manifestants :

« La loi est claire sur le fait que le droit de pétitionner ses griefs auprès du gouvernement peut être exercé en groupe de grande amplitude […] et ces droits peuvent être exercés par une marche, même le long d'une route publique. »

3 200 marcheurs partent finalement de Selma le dimanche 21 mars 1965, parcourant 20 km par jour et dormant dans les champs. C'est pendant ce trajet que Willie Ricks élabora le terme « Black Power ». Au moment où ils atteignent le capitole de Montgomery, le jeudi 25 mars, les marcheurs sont 25 000. Martin Luther King prononce alors le discours « How Long, Not Long » (combien de temps, peu de temps). Le jour même, la militante blanche des droits civiques Viola Liuzzo est assassinée par le Ku Klux Klan alors qu'elle ramène des marcheurs dans sa voiture. Martin Luther assiste à ses funérailles et le président Johnson intervient directement à la télévision pour annoncer l'arrestation des coupables.

Moins de cinq mois plus tard, le président Johnson signe le Voting Rights Act accordant le droit de vote sans restriction.

En 1966, après les succès du sud, Martin Luther King et d'autres organisations de défense des droits civiques essayent d'étendre le mouvement vers le nord, Chicago devenant l'objectif principal. Martin Luther et Ralph Abernathy, tous les deux de classe moyenne, déménagent vers les bidonvilles de Chicago dans le cadre d'une expérience éducative et pour montrer leur soutien et empathie avec les pauvres.

Martin Luther King et Malcolm X lors d'une conférence de presse en 1964.

La SCLC forme une alliance avec la CCCO (Coordinating Council of Community Organizations), une organisation fondée par Albert Raby Jr., et avec le CFM (Chicago Freedom Movement). Au printemps, des testing sont réalisés par des couples noirs ou blancs afin de dévoiler les pratiques discriminatoires des sociétés immobilières. Les tests révèlent que la sélection des couples qui postulent pour un logement n'est basée aucunement sur le revenu, le parcours, le nombre d'enfants ou d'autres caractéristiques socio-économiques (car les couples ont exactement les mêmes), mais bien sur la couleur de peau.

Le 21 mars 1965, un immense cortège emprunte la route 80 qui rejoind Montgomery. C'est une grande victoire pour Luther King. Cette marche bénéficie d'une couverture médiatique exceptionnelle. L'affaire est devenue nationale et elle choque particulièrement le président Lyndon Johnson, conscient qu'il doit accélérer le travail législatif permettant de créer une véritable égalité de droits entre blancs et noirs.

Plusieurs grandes marches pacifiques sont organisées dans Chicago et, Abernathy l'écrira plus tard, l'accueil qui leur est réservé est pire que dans le sud. Ils sont reçus par une foule haineuse et des lancers de bouteilles, et Martin Luther et lui commencent à vraiment craindre qu'une émeute se déclenche. Les croyances de Martin Luther King se heurtent à sa responsabilité d'emmener les siens vers un événement violent. Si Martin Luther a la conviction qu'une marche pacifique sera dispersée dans la violence, il préfère l'annuler pour la sécurité de tous, comme ce fut le cas lors du « bloody sunday ». Il conduit néanmoins ces marches malgré des menaces de mort sur sa personne. La violence à Chicago est si intense qu'elle secoua les deux amis…

En août 1965, le président Johnson signe la loi sur le droit de vote, qui interdit aux Etats de fixer des limites arbitraires à l’exercice du droit de vote…

Du 21 au 25 mars 1965, sous la protection de la garde nationale fédérale de l’Alabama, de militaires et d’agents fédéraux, les marcheurs parviennent à relier Selma à Montgomery.


Un immense cortège de manifestants emprunte le pont Edmund Pettus.

Quand Martin Luther et ses alliés retournent chez eux, ils laissent Jesse Jackson, un jeune séminariste qui avait déjà participé aux actions dans le sud, qui organise les premiers boycotts réussis pour le droit à l'accès aux mêmes emplois, ce qui sera un succès tel qu'il débouchera sur le programme d'opportunités égales dans les années 1970…..

Jesse Jackson

L’efficacité des radicaux donna l’occasion à des dirigeants plus modérés de reprendre le flambeau. Certains grands noms de la vie intellectuelle Noire américaine tels Alex Haley, Melvin Van Peebles ou Spike Lee ouvrirent aux Afro-Américains les portes de la littérature, du cinéma, des arts en général alors que Thurgood Marshall, le 1er Noir nommé à la Cour Suprême américaine fut le symbole des possibilités qui s’offraient lorsque l’on acceptait de travailler à l’intérieur du système politique…

Thurgood Marshall

L’activisme Noir des années 60 obtint des gains politiques durables. A mesure que les résidents noirs des villes devenaient une minorité importante de l’électorat, parfois même une majorité, des candidats Noirs se mirent à remporter des élections. La 1ère femme sénateur Afro-Américaine, Carol Moseley Braun fut d’ailleurs élue en 1992 en Illinois.

Carol Elizabeth Moseley Braun

Dans les années 80, des maires Noirs furent élus à Chicago, Philadelphie, New York et dans d’autres villes de tout le pays. Plus récemment, Colin Powell occupa le poste de secrétaire d’Etat pendant 4 ans sous le 1er mandat du Président Bush après s’être illustré dans l’armée. Il a depuis été remplacé par Condoleeza Rice, également Afro-Américaine…

Condoleeza Rice

De nombreux Afro Américains sont des exemples de réussite, On les retrouve dans tous les domaines. Au cinéma, Denzel Washington, Halle Berry ou Will Smith, dans le secteur musical, Ray Charles, James Brown ou Jay Z, dans le sport, Michael Jordan, Tiger Woods, les sœurs Williams, en politique, Jesse Jackson, Barrack Obama ; dans les affaires, Robert L. Johnson, Oprah Winfrey ou en matière de littérature avec Rita Dove ou Yusef Komunyakaa.



26/06/2011
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