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La France et les déstabilisations en Afrique/Après la Côte d’Ivoire et la Libye : Le Sénégal et le Mali redécouvrent la face lugubre de la «coopération bilatérale»

 
13 February 2012

Wade-Sarkozy

 

Tous ceux qui se sont moqué des anciens dirigeants ivoiriens en ont pour leurs frais. La France, ce curieux pays «ami de l’Afrique», a décidé de protéger tout ce qui lui reste d’intérêts sur le continent noir. Elle y va sans état d’âme.

«La France, ce pays qui fout le bordel en Afrique !» Ce ras-lebol d’un diplomate américain en poste en Afrique du sud en début des années 2000 est plus que d’actualité. La france a effectivement et sans scrupule, décidé d’aller à fond la caisse. C’est un président Nicolas Sarkozy à-toutcasser qui va en guerre sur les terres conquises par les ancêtres les Gaulois il y un demi siècle. La résidence présidentielle de Laurent Gbagbo est pulvérisée sans état d’âme alors que le drapeau ivoirien flottait encore sur ce qui restait du mât. dans le jardin étaient mobilisés plusieurs milliers de patriotes qui n’avaient pas encore intégré l’ampleur du drame qui se jouait. Ceux-ci étaient partis se constituer en bouclier humain.

Ils n’y ont pas réussi, mais leurs actes héroïques, eux, resteront à jamais gravés dans les souvenir républicains. La Côte d’Ivoire étant mise sous coupe réglée. Et que, 11 avril 2011, un bain de sang tâcha l’arrivée du poulain Alassane dramane Ouattara. Tandis que deux mois plus tard en Libye Moustapha Abdeljalil responsable du Cnt, se faisait baptiser, sous des bombes, à la tête du pays en remplacement du frère Guide de la Grande jamahiriya, Mouammar Kadhafi tué par une horde de rebelles pouponnés.

Le glas sonne aujourd’hui pour Wade

Le Sarkozy history act 3 se joue désormais au pays de la Terranga. Le président Abdoulaye Wade est pratiquement sommé par les autorités françaises de «passer la main à la nouvelle génération». Mais le pape du «Sopi» y voit une «ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat souverain». Et met en garde: «le Sénégal n’a pas de leçon a recevoir des Etats-Unis d’Amérique et c’est valable pour la France». L’on connaissait les accointances entre les autorités sénégalaises et françaises. une vieille complicité qui place le président Wade en tête du pool leader dans le carré francophone au point de faire rire jaune l’Ivoirien Alassane dramane Ouattara qui, lui aussi, se plait à se construire une image de néoleader.

Pour la première fois de son histoire, le Sénégal vient de se trouver son dictateur.

Les français aiment s’appuyer sur «l’ami de la france» pour se débarrasser d’un dirigeant noir qui ne cadre pas avec ses intérêts. Or, un Laurent Gbagbo qui n’a pas la confiance de la france» est préférable à un Ouattara malléable. Au plus fort de la bataille pour la prise d’Abidjan, le Sénégalais Abdoulaye Wade avait été préféré par la france au Burkinabé Blaise Compaoré «trop vu» en Côte d’Ivoire, ces dix dernières années. Wade n’avait pas hésité à foncer dans le tas. Il avait affrété son avion personnel qui est venu chercher, jusqu’à Abidjan, le candidat Ouattara reclus à l’hôtel du Golf, au nez et à la barbe du président sortant Laurent Gbagbo. Wade était aussi un habitué dans la provocation anti Gbagbo. C’était lui en 2002, au moment des premiers pourparlers au Togo, que la france avait aiguillonné pour saboter ce qui aurait dû être le premier Accord de Lomé et qui, finalement, a été transporté, 20 janvier, jusqu’en france précisément dans la banlieue parisienne de Linas-Marcoussis. Tout récemment il a remis le couvert en accusant ouvertement l’ancien dirigeant ivoirien pourtant à la Cour pénale internationale (Cpi).

Wade avait notamment accusé Laurent Gbagbo de «financer la rébellion de Casamance». Ce qui avait fait sourire les connaisseurs du dossier casamançais vieux de plusieurs décennies, avant même l’accession du président Gbagbo au pouvoir en octobre 2000. C’est ce chef d’etat, 86 ans, «serviable», «ami de la france» qui, depuis une semaine, passe à la trappe. Sa soif de pouvoir – Wade postule pour un troisième mandat plus que litigieux car anticonstitutionnel -, a amené ses amis d’hier les français à exiger son départ. Mais il ne l’entend de cette oreille. et depuis le bras de fer est engagé.

 

 

Chacun à son tour…

Quand on sait les méthodes françaises, on peut aisément parier sur la défaite de Wade, pour la victoire de la france qui n’aura pas besoin de larguer ses bombes, le plus qu’octogénaire étant vomi par une bonne partie des populations. Ce qui n’était pas le cas en Côte d’Ivoire, où Laurent Gbagbo avait tout son peuple avec lui. d’où l’utilisation de la manière forte. Pour le reste, c’est un vent de panique qui souffle sur le Sénégal. Toutes les villes sont en ébullition et le peuple sénégalais retient son souffle.

Ce n’est pas pour autant que le brasier allumé en Afrique est sur le point de s’éteindre. juste à côté, le Mali voisin est en proie à une violence inouïe. La main de la france y est vue. en effet, selon l’édition n°628de l’hebdomadaire «La Lettre du Continent», «Paris joue le Mnla contre Aqmi». En chapeau, le journal s’ouvre sur ces mots : «la présidence malienne accuse la France de collusion avec le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla)». Ce qui préfigure d’une «tension diplomatique», prévient le confrère. «Depuis les hauteurs du palais de Koulouba, le président Amdadou Toumani Touré (Att) est désormais persuadé que Paris tient sa part de responsabilité dans les attaques menées depuis le 17 janvier dans le nord du Mali par le Mouvement national de libération de l’Azawad (Mnla). Mieux, Paris n’hésiterait, pas selon lui, à instrumentaliser certains rebelles Touaregs».

On le voit bien, la france a ouvert un nouveau front, après la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo et la Libye de Mouammar Kadhafi dont les blessures profondes tardent à se cicatriser, alors même que celui du Sénégal est à peine ouvert. Une leçon que devrait retenir le nouveau pouvoir en Côte d’Ivoire. et éventuel tous les nouveaux régimes en Afrique francophone. Pour les dirigeants français, tout n’est que jeu d’intérêts. Dès que les intérêts de Paris sont en danger, peu importe les vies en Afrique. Le Sénégalais Abdoulaye Wade qui en fait l’amère expérience aujourd’hui est désormais placé pour le savoir. Lui qui a passé le plus clair de ses mandats à railler ses homologues africains.

 

Simplice Allard

Source: Le Temps



13/02/2012
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