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La Centrafrique élit un nouveau président pour pacifier le pays

 

 

Le parlement de transition centrafricain élit lundi un nouveau président de transition, qui aura la très lourde tache de pacifier dans l’urgence un pays à la dérive où au moins 50 corps ont été découverts depuis vendredi dans le nord-ouest, frappé par les violences interreligieuses.

A Bangui, patrouillée par les soldats français et africains, la population - qui vit pour moitié entassée dans des camps de déplacés - attend avec angoisse de voir quelles réactions provoquera l’élection chez les hommes en armes toujours présents dans la ville.

De son côté, l’Union européenne doit approuver dans la journée l’envoi d’au moins 500 soldats européens à Bangui, en soutien aux 1.600 français de l’opération Sangaris - engagés depuis le 5 décembre avec l’approbation de l’ONU - et aux 4.400 de la force africaine (Misca).

L’élection du président par le Conseil national de transition (CNT, parlement provisoire), prévue à partir de 10H00 (09H00 GMT), doit combler le vide laissé par la démission contrainte de Michel Djotodia le 11 janvier, accusé par la communauté internationale de n’avoir rien fait pour arrêter les tueries interreligieuses.

Sur les 24 candidatures déposées, seules huit ont été validées par le CNT.Les parlementaires avaient fixé des critères draconiens d’éligibilité excluant beaucoup de monde : les responsables politiques sous Djotodia, les chefs de partis, les militaires d’active et tous ceux ayant appartenu à une milice ou à une rébellion ces 20 dernières années.

Parmi les candidats figurent la maire de Bangui, Catherine Samba Panza, ainsi que Sylvain Patassé et Désiré Kolingba, respectivement fils des présidents Ange-Felix Patassé, au pouvoir de 1993 à 2003, et André Kolingba (1981-1993).

Autre personnalité en vue, Emile Gros Raymond Nakombo, banquier proche de l’ex-président Kolingba, déjà candidat à la présidentielle de 2011.

Chaque candidat a 10 minutes pour présenter sa "profession de foi" aux parlementaires avant leur vote à bulletin secret.La Constitution provisoire prévoit un seul tour de scrutin, le candidat arrivé en tête étant élu.

Le nouvel élu prêtera serment devant la Cour constitutionnelle provisoire, avant la formation d’un nouveau gouvernement.La présidente en exercice du CNT, Léa Kouyassoum Doumta, a indiqué "qu’aucun membre du CNT ne fera partie" de ce gouvernement.

Arrêter l’implosion

 

Le nouvel élu aura la lourde tâche de pacifier le pays, de remettre une administration totalement paralysée en état de marche et de permettre aux centaines de milliers de déplacés de rentrer chez eux.

Un mois et demi après le début de l’intervention française, la situation sécuritaire dans la capitale, où la plupart des soldats français sont stationnés, s’améliore progressivement, malgré des explosions localisées de violences.

Mais dans un pays de plus de 600.000 km2, il reste très compliqué de se déployer dans les zones reculées et les témoignages d’habitants et d’ONG décrivent une situation chaotique et largement hors de contrôle.

La Croix rouge internationale (CICR) et la Croix rouge centrafricaine ont annoncé dimanche la découverte d’au moins 50 corps depuis vendredi dans le nord-ouest du pays.

"Ces dernières 48 heures, les équipes du CICR et de la CRCA ont inhumé une cinquantaine de corps" dans la région, où les violences intercommunautaires se sont multipliées depuis vendredi dans des localités situées sur l’axe entre Bangui et la frontière camerounaise.

Vendredi une attaque près de Bouar, sur ce même axe routier, a tué au moins 23 civils musulmans, dont trois enfants, qui tentaient de fuir les violences, avait indiqué l’ONG Save de Children.

Samedi, des violences ont également été signalées dans d’autres localités du nord et de l’ouest.

A Boali, à 90 km au nord-ouest de Bangui, des centaines de musulmans étaient réfugiés dans la paroisse Saint-Pierre après des affrontements entre Séléka (combattants de M. Djotodia) et anti-balaka (miliciens hostiles à M. Djotodia) ayant fait sept morts depuis vendredi, selon un bilan de l’abbé Xavier Fagba et de la CRCA.

Le défi auquel sera confronté le nouveau président, qui devrait obtenir le soutien de la communuauté internationale, est immense dans ce pays très pauvre et enclavé d’Afrique centrale, au grand potentiel minier et forestier.

Le président François Bozizé, chassé en mars 2013 par la Séléka, était lui-même arrivé au pouvoir 10 ans plus tôt par un coup d’Etat.

Pour arrêter l’implosion du pays, le nouveau président aura peu de temps : selon le calendrier de la transition, des élections générales doivent être organisées au plus tard au premier semestre 2015, la France souhaitant pour sa part qu’elles se tiennent en 2014.



20/01/2014
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