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Chronique :Pour faire partir Wade

 
 

 
 




« Le despotisme fait illégalement de grandes
choses, la liberté ne se donne même pas
la peine d’en faire légalement de très petites »
BALZAC


C’est une piteuse et bien pénible campagne que mène Abdoulaye Wade, celle d’un homme engagé dans un combat de trop, soumis à la vague d’indignations qu’il suscite, obligé de prendre des raccourcis pour éviter des localités dans lesquelles il est indésirable. Son calendrier de campagne est maintenant lié au bon jugement de ses médecins et aux limites que lui impose la vieillesse. Il est dommage de voir un tel homme s’accrocher aux flancs des pupitres comme à son pouvoir, tenant à son fauteuil présidentiel qu’il fait transporter pour ne jamais le quitter. En évoquant donc la solitude de Macky Sall, la bonne forme qui ne le quitte jamais, Abdoulaye Wade décrit sa triste réalité, sublime ses propres peurs. Car ce qui frappe chez cet homme, c’est le désert qui l’entoure, le départ de ses éminents alliés devenus ses plus farouches opposants. Les transhumants qui constituent sa nouvelle garde politique jouent les figurants et regardent leur funambule tanguer d’un côté à un autre, jusqu’à sa chute. Ceux du Pds qui sont restés n’attendent que sa défaite qu’ils jugent inéluctable, pour laisser exploser les frustrations et la colère qu’ils ont du mal à contenir.  Les rares responsables de son parti qui peuvent revendiquer une base électorale réelle ont été tellement combattus qu’ils regardent faire, s’ils ne donnent pas de consignes de vote en faveur de leurs amis de l’opposition. Son directeur de campagne, après avoir été jeté en pâture à l’opinion, a été dessaisi de tout en faveur de Karim Wade, qui décide de tout et se trompe sur tout.
Nous sommes bien loin de l’enthousiasme qu’il avait suscité en 2007, les troupes fanatisées des guides religieux qui chassaient ses adversaires, le soutien inconditionnel que lui assurait la quasi-totalité des confréries. Pas un seul ne le soutient ouvertement et plusieurs le somment de partir.
Tout ceci, pour dire qu’Abdoulaye Wade n’a aucune chance d’être élu pour un troisième mandat et s’il ne tenait pas son avantage de sa position de président sortant, il ne serait même pas au second tour de cette élection présidentielle. Alors qu’il s’efforce à arracher aux populations un troisième mandat, les prix renchérissent pour rappeler ce qu’ont été ses douze années passées à la tête du Sénégal : les populations n’arrivent plus à faire face à la montée vertigineuse des prix des denrées. Il lui reste sans aucun doute quelques affidés aux basques de la République et un quart de l’électorat qui lui est fidèle par ce fait, mais il ne va pas au-delà. Le Wadisme, mélange de réalisations de tape-à-l’œil et de slogans mensongers, a atteint ses limites. La production agricole de cette année est catastrophique, prouvant que sa fameuse Goana, qui a englouti des centaines de milliards, n’était portée que par la bonne pluviométrie et ne visait qu’à exproprier les pauvres paysans.
Mais il y a une condition à sa défaite et à la victoire de l’opposition, c’est la mobilisation de tous les électeurs pour le faire partir. Chaque électeur doit être un combattant de la victoire et se dire qu’il tient dans ses mains l’arme qui sera fatale à Abdoulaye Wade, sa carte d’électeur.
Or donc, on ne va au combat en se disant vaincu. Déclarer qu’Abdoulaye Wade a déjà mis en place un dispositif de fraude, un Conseil constitutionnel pour valider des résultats préfabriqués, c’est s’installer déjà dans une position défaitiste. C’est aussi le meilleur moyen de démobiliser les électeurs. S’ils se déplacent en masse pour aller voter, s’ils se mobilisent pour sécuriser leur vote, Abdoulaye Wade n’aura d’autre choix que de partir. La communauté internationale est assez mobilisée, les chancelleries occidentales sont assez fermes pour que la moindre fraude ne soit pas tolérée. J’ai toujours soutenu, comme je continue de le faire, que la fraude n’est pas électronique, elle est physique. Au soir du 26 février prochain, ce sont les bulletins dans les urnes, dans chacun des 12 000 bureaux de vote, qui seront comptés, acheminés sous scellé dans les différentes commissions départementales, comptés en présence de membres de la Cena. A aucun moment de tout ce processus, la machine informatique n’intervient à la place des hommes. Tout ce qu’Abdoulaye Wade peut faire, c’est agir sur le terrain et c’est sur le terrain qu’il faudra le combattre par la détermination de chacun. Nous n’y arriverons pas en disant aux électeurs que c’est perdu d’avance. L’opposition se met dans la situation d’un homme qui fait face à un danger et qui s’évanouit au lieu de l’affronter. A défaut d’éliminer le danger, il s’élimine lui-même. Imaginer un procédé magique qui se déroule à notre insu, qui nous dépasse, c’est déjà nous installer dans la défaite.
Rien n’est perdu, au contraire. Le président sortant se trouve dans une situation bien plus difficile que celle d’Abdou Diouf en 2000. Nous étions animés par le même pessimisme et un débat de la même nature avait cours, nourri par la décision du général Cissé, ministre de l’Intérieur de l’époque, de faire confectionner les cartes d’électeurs en Israël. Il y avait, du côté du pouvoir, des soupçons de manipulation et la possibilité d’une intervention de l’armée en faveur du président sortant.
Si les Sénégalais se montrent déterminés comme ils l’étaient, Abdoulaye Wade s’en ira dès le premier tour. Il n’a aucune base électorale, aucun soutien politique national ou international pour perpétrer un coup d’Etat électoral et se maintenir au pouvoir. Nos alliés historiques, la France et les Etats-Unis, n’ont jamais été aussi fermes. On me dira que je dis tout ceci alors que la candidature d’Abdoulaye Wade est illégale et qu’il faudrait faire de son départ un préalable à la tenue du scrutin. Que ne fallait-il donc pas en faire une exigence avant de s’engager dans cette campagne. Mais battre campagne en se rassemblant toujours au même endroit pour ressasser qu’Abdoulaye Wade ne doit pas se présenter, qu’il a déjà fabriqué des résultats, est contre-productif. Cet homme a imposé sa candidature dans les conditions que nous connaissons tous, en corrompant certains juges du Conseil constitutionnel.
Mais c’est à nous de leur montrer qu’ils lui ont rendu un mauvais service. Il est clair aux yeux des populations qu’Abdoulaye Wade a violé la Constitution, il faut dire aux électeurs que c’est une raison suffisante pour ne pas voter en sa faveur. Il faut surtout que chaque candidat s’investisse davantage à sa base, que des efforts soutenus soient faits dans les fiefs naturels d’Abdoulaye Wade, pour inciter les électeurs à lui tourner le dos. Les candidats de l’opposition font parfois preuve d’un grand déficit dans l’analyse et la stratégie. Le moment viendra inéluctablement, où ils devront choisir entre participer à l’élection ou boycotter du fait de la participation de Wade. Il faudra choisir. Nous pouvons soutenir que quel que soit le résultat que Wade obtiendra, il sera illégal parce qu’il a violé la Constitution. Nous pouvons dire qu’il partira, en nous battant pour cela. Mais nous ne pouvons pas continuer à dire qu’il ne sera pas candidat, il l’est déjà.
SJD


10/02/2012
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