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Libye, la guerre de Bernard-Henri Lévy et de Nicolas Sarkozy


Sous couvert humanitaire, l’Otan a fait tomber Kadhafi. Les groupes qui dominent maintenant Tripoli veulent appliquer la charia.

Lorsque, le 17 février, les avocats de Benghazi organisent un rassemblement devant la cour d’appel de la ville, ils ne se doutent certainement pas de ce qui va se passer par la suite. Aux revendications légitimes de la population libyenne s’est semble-t-il substituée une autre volonté politique dont la meilleure illustration est l’attitude d’un Bernard-Henri Lévy, «philosophe» de guerre. On sait d’ailleurs maintenant que, dès le 14 février, soit trois jours avant les premières manifestations, des éléments de services de renseignements occidentaux étaient entrés en Libye via l’Égypte. Est-ce pour cela que, contrairement aux révoltes des deux voisins, la libyenne a été immédiatement militarisée ? Toujours est-il que fin février la rébellion partie de Benghazi tentait d’avancer vers Syrte, considérée comme un bastion de Muammar Kadhafi. Une drôle de rébellion armée, en vérité, récupérant les armes laissées par les troupes régulières dans un désordre indescriptible et rythmé par des grands « Allah Akbar », dieu est grand, donnant la dimension religieuse de ce soulèvement. Mais la Cyrénaïque, cette partie est de la Libye, est connue de longue date pour sa piété et pour servir de base à des mouvements islamistes radicaux.

Comme toujours, les bataillons sont constitués des fils des classes les plus défavorisés qui sont allés au front alors qu’à Benghazi débarquaient, en provenance d’Europe et des États-Unis, ceux qui allaient diriger le Conseil national de transition (CNT), à la composition si secrète qu’encore aujourd’hui les noms de certains de ses membres n’ont pas été révélés. De Benghazi à Adjedabia puis Brega et Ras Lanouf, la troupe rebelle a un peu avancé et beaucoup reculé. C’est alors que, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, les Occidentaux ont déployé leur armada guerrière, mise rapidement sous la bannière de l’Otan. Officiellement, bien sûr, seulement des raisons humanitaires ont poussé à l’intervention.

Une guerre menée au mépris de tout débat démocratique dans notre pays

En réalité, il y avait la volonté d’en finir avec un Kadhafi aux réactions pas toujours prévisibles bien que depuis plusieurs années il soit redevenu persona grata. Sarkozy l’a reçu à Paris, Blair s’est rendu sur place… Le plus grand paradoxe est que les clés de la Libye aient été données par Nicolas Sarkozy au numéro 1 du CNT, Mustapha Abdeljalil, procureur qui avait confirmé la condamnation à mort des infirmières bulgares, puis ministre de la Justice de Kadhafi jusqu’en… février. Ces mêmes infirmières que le président français et son épouse de l’époque étaient venues sauver ! Une guerre menée au mépris de tout débat démocratique dans notre pays dont le coût réel est gardé secret. Outre les sorties aériennes, il faut ajouter les livraisons d’armes et les missions de forces spéciales et de « conseillers » français, secrètes et donc n’apparaissant pas dans le budget.

Kadhafi a été lynché. Il n’y aura pas de procès qui aurait sans doute gêné plus d’un dirigeant occidental. À Tripoli, domine maintenant des groupes islamistes toujours armés qui veulent imposer la charia.

Pierre Barbancey



29/12/2011
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