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L e culte du VODUN, une richesse et fierté de l'Afrique

 

        Il n’est plus un secret pour personne aujourd’hui que la pratique du «Vodun » est une réalité irréfutable à travers le monde. Mais il y a toujours un flou qui est entretenu autour de cette pratique à tort ou à raison.

«Vodun » est traité de tous les maux surtout dans le sens purement négatif, alors que, pour le peuple noir en général et le peuple fon du Bénin en particulier il est tout autre chose».

En effet chez les « Fon » du Bénin ex Danhomé, on dit «Vodun so vitowé o, e donudenanwananwea e na du wédo ta ton kpoun bonan lè jo nu wé». Cette phrase peut être traduite de la manière suivante : «quand le Vodun prend ton enfant, il n’en fera rien d’autre que de l’utiliser pour la danse et de te le rendre ensuite». Cette réflexion nous amène à dire que le Vodun ne veut de mal à personne. Il œuvre pour le bien être et la survie de l’homme.

                 Du CONCEPT VODUN

Qu’est-ce que le Vodun ? il est l’expression de toute une conception de la vie, une philosophie, l’expression d’une force spirituelle en un mot la puissance d’un esprit métamorphosé qui peut incarner toute merveille de l’humanité (la terre, le ciel, les forêts, les océans, les astres, les monts etc.)

Ainsi dans la vision des «Fon» du Danhomé cette pratique a été empruntée auprès des civilisations beaucoup plus anciennes que la leur telle que d’une part celle des Yoruba d’Oyo qui a été repensée, améliorée dans le temps pour nous donner ce que nous appelons aujourd’hui «Vodun» et non «Orisha» qui est la même chose chez les Yoruba et d’autre part celle de la civilisation Ashanti du Ghana.

Rappelons que l’ancien royaume de « Danhomè» situé dans le golfe de Guinée entre deux grandes et vieilles civilisations à savoir la civilisation Ashanti du Ghana et celle des Yoruba d’Ifè au Sud du Nigeria, doit son épanouissement rapide et spectaculaire à la synthèse de ces civilisations et à la traite négrière. Héritier des deux grandes civilisations suscitées, le peuple «Aja-Fon» de l’ancien royaume du «Danxomè» estime que toutes les merveilles de l’humanité citées plus haut ont tous été des individus c’est-à-dire des êtres qui ont vécu sur la terre à un moment donné de l’existence du monde. Après leur mort physique, ils se sont métamorphosés et sont devenus invisibles. Cette réflexion nous amène à la définition du vocable Vodun qui est une abréviation de «Yehwe-vodun» ou Vodon (vodun = déformation de vodon). Ye : omdre ou esprit, Hwe : réduit, diminuer, insuffisant.

Pour nous résumer nous disons qu’un homme qui meurt, perd quelque chose de son entité physique ce qui lui fait changer de nature et de statut. Il quitte notre monde des mortels pour un monde invisible ou il ne mourra plus jamais. Ainsi il se sépare de nous et devient divinité, alors intermédiaire entre les vivant ce que nous sommes et Dieu créateur. C’est ainsi que le monde du Vodun est un monde merveilleux où tout est beau, magnifique; c’est le paradis. Pour signifier la même chose, le Yorouba dit par exemple «Orisha» et non «Vodun». Si ce dernier a pris le pas sur les autres terminologies dans le temps c’est grâce à la rigueur dans l’organisation du royaume de «Danhomè» et la traite négrière qui lui ont permis de surplanter dans le temps les deux grandes civilisations qui l’ont accouché. Le panthéon «Vodun» fort de ce qui précède est composé d’un grand nombre d’entités différentes. C’est dans cette même diversité que le Vodun a été exporté en Amérique au delà de l’océan Atlantique.

Essai de typologie du vodun

Nous avons ainsi dans le royaume de « Danhomè » plusieurs grandes familles de « Vodun» avec leurs dérivés. On ne peut parler de «Vodun» dans le «Danhomè», sans parler du «Fa» avec tous les travaux qui ont été réalisés sur cet art divinatoire. Nous n’allons pas voudrais pas faire une définition répétitive, mais ajoutons que cet art divinatoire appelé encore géomancie a pénétré le «Danhomè» par Ifè au Nigeria. Une fois au «Danhomè» il a été adopté et retouché ce qui amène les populations du Bénin d’aujourd’hui à faire la différence entre les deux techniques, c’est-à-dire le «Fa» pratiqué chez les Yorouba et celui pratiqué chez les Fon dans les termes suivants : «Anago Fa» (fa du Nago-yorouba) et «Fon Fa» (Fa du Fon). Ce qui est important à notifier, est que sans le «Fa» le « vodun » n’aurait jamais connu une vraie existence normative. C’est le «Fa» qui nous conduit au «Vodun». Pour mieux accomplir cette mission «Fa» s’appui sur deux éléments fondamentaux que sont la divinité «Legba» et la divinité «Minon-nan» en abréviation «Nan».

Le «Legba»

Il est classé au premier rang de tout ce qui est «Vodun» d’où son nom «Hunjenukon» ce qui signifie en «Fongbe» le premier des «Hun» qui est une appellation du «Vodun ». Cette position au sein du panthéon «Vodun» lui permet de jouer le rôle de messages d’une divinité à l’autre. Quelque soit la forme qu’il prend, il se fait distinguer par un phallus en permanente érection. C’est le symbole de la virilité masculine et de la procréation, car un homme qui ne «bande» pas n’en est pas un. Il est  donc moins qu’une femme. On dit qu’il n’est pas «vivant».

«Minon Nan» ou «Nan»

De par sa prononciation en «Fongbe» Minon veut dire «notre mère» et «Nan » est le nom générique commun par lequel on désigne toute femme chez les «Fon ». Cette divinité est vénérée dans une pièce de bois de forme un peu circulaire dont la surface est creusée de manière grosso modo, symbolisant le sexe féminin et qui est appelé «Akpakpo» ou «Minon an – kpakpo » comme le «Legba» cette pièce de bois est le symbole du sexe féminin qui engendre la maternité, donne la vie.

«Fa» étant l’esprit qui nous permet d’avoir une vision sur le monde de l’inconnu et du connu, il constitue avec le «Legba» et « Minon Nan » la Trinité du panthéon «Vodun». Il est important de préciser ici le caractère direct du langage «Vodun» en matière de sexualité. Contrairement aux religions révélées telles que le catholicisme. La Trinité du panthéon «Vodun» est représentée par «Fa» : esprit ; «Legba» : Homme portant (viril) et «Minon-nan» femme féconde.

Cette trinité ayant à sa tête «Fa» nous conduit inévitablement au monde de l’inconnu dont il est issu comme le «Vodun». Ainsi il nous permet de déterminer à quelle entité «Vodun» nous avons à faire et quelle forme elle doit revêtir.

La première forme d’identification des entités «Vodun» est le pot de terre en, argile cuite. Pour les initiés, il suffit qu’ils voient le pot de terre en argile cuite et de par sa forme ils nous disent automatiquement à quelle entité ils ont à faire ; que les pots soient disposés dans un temple ou non. Nous avons d’autres formes de représentation du «Vodun» telle que le bois sculpté appelé en «Fon gbe : bochio» qui signifie dans cette langue : cadavre de «Bo». Un «Vodun» peut également habiter une pierre ou un amas de pierres. La différence entre ces dernières formes et les pots de terre en argile cuite est que: seuls ceux qui ont à charge la gestion de ces entités peuvent dire à quelle entité on a à faire à travers le bois sculpté, la pierre ou l’amas de pierres ou autres objets. Je précise que tout objet utilisé dans la pratique du «Vodun» est d’office considéré comme le «Vodun». Ainsi tout ce que les fidèles possédés par le «Vodun» utilisent sont considérés comme tels (accoutrements, parures, instruments de musique…).

En effet aucun être vivant n’a vu Dieu et ne le verra jamais ; mais l’homme voit Dieu à travers tout ce qu’il a créé. Ainsi la religion «Vodun» enseigne le respect tout ce qui est créature «Divine» y compris l’homme dans sa dimension infinie c’est-à-dire quand il meurt et rentre dans le monde de Dieu qui est l’infini. Ne pouvant pas aller directement à Dieu il est ressenti à travers ces œuvres qui pour les fidèles «Vodun» habitent une partie de lui-même. C’est cette partie ou souffle de Dieu qui s’exprime à travers ses œuvres en tant qu’esprit qui est baptisé «Vodun» chez le peuple «Fon» d’Afrique de l’ouest qui est comme je l’ai dit plus haut un diminutif de «Yehwe-vodun». Contrairement à ce que les non informés pensent sur les fidèles du«Vodun», ces derniers sont plus croyants que beaucoup d’autres car toutes les entités «Vodun» sont placées sous l’autorité et la volonté d’un être suprême.

Dans ce même sens toute invocation de «Vodun» est clôturée par l’invocation de Dieu créateur de l’univers ; le «Vodun» ne pouvant avoir de force sans Dieu. Les liens étroits entre le «Vodun» et Dieu sont l’illustration parfaite de l’accommodation de l’église catholique avec le vocabulaire fon du vodun.

En effet l’église catholique a fait sa pénétration dans le royaume de Danxome sous le règne du quatrième monarque Agadja surnommé par certains : le conquérant. Quand ce souverain a eu des informations sur cette religion, il l’a qualifiée de pacifique et de noble. Ainsi sur son instruction et sur la demande des missionnaires catholiques il leur a donné un espace pour qu’ils construisent leur église. A la fin de cette réalisation, le roi leur demande qu’il est leur symbole, par quel signe reconnaît t-on la religion catholique? Les missionnaires ont répondu par la croix. Le roi a dit qu’après avoir disposé la croix sur le toit de l’église qu’il faut disposer à l’intérieur le symbole de la religion du royaume qui est la calebasse fermée et qu’il ordonnera à tout son peuple de se rendre aisément dans ce nouveau temple sans crainte car quand il y a le signe du blanc en haut, qu’il y a à l’intérieur le signe de la religion du Danxome le «Vodun».Toute cette histoire se résume dans la réalisation d’un autel portatif appelé en Fongbe «Asen» ou «Sinuka» exposé aujourd’hui au Musée central des palais royaux d’Abomey au Bénin. Site classé patrimoine mondial de l’UNESCO

La société et le Vodun

Je donne ici quelques exemples de l’accommodation du catholicisme avec le «Vodun» à travers les vocabulaires.

ExpressionFrançaisCatholique
Vodun non ou Yehwe non Prêtre, Curé, Abbé Yehwe non
Yehwe ou Vodun Ange, Saint Esprit Yehwe (mimin)
De Prière De, Yehwexixa
Vo, Vosisa Sacrifice, Offrande, Culte Vo, Vosisa
Vosisa Culte Vosisa
Mawu lissa (divinité) Dieu Mawu, Manhwu

Ce vocabulaire a été de nos jours plus enrichi et plus fourni dans la religion catholique à travers un nouveau mouvement religieux appelé «Sillon Noir» ou inculturation qui n’est rien d’autre que l’évangélisation du noir à partir de son propre vécu.

Tous ces éléments permettent de dire que c’est à travers le Vodun, que le fidèle ressent Dieu d’où l’éternité du Vodun comme Dieu. Le Vodun ne meurt jamais il est esprit, une émanation de Dieu à une échelle inférieure car Dieu ne meurt jamais.

A partir du moment où il peut être confirmé que la pratique du Vodun repose sur les mêmes principes de base comme toute religion, il est alors un culte religieux c’est-à-dire une religion comme les autres. Voici une tentative de présentation de la structure du clergé Vodun à partir du rapport qui existe entre le couvent (Hunkpame), le temple (Hunxo ou Vodunxo), l’adepte possédé (Vodundo asita), l’adepte simple (Vodunsi) et le Laïc (simple fidèle).

Rapport couvent – Temple – Adepte possédé – Simple fidèle ou adepte et Laïc

Le couvent

C’est une concession habitable aménagée pour les besoins de la cause. Ainsi on a des chambres occupées par adeptes possédés. Selon que les adeptes soient du sexe masculin ou féminin, ils peuvent se regrouper par affinité en groupe de deux ou plusieurs ou seul selon la capacité de la chambre. Il est toujours prévu un espace relativement grand où tous les adeptes possédés peuvent se rassembler pour des séances d’animation pendant laquelle tous chantent en cœur sans tam-tam. On note également la présence de l’autel de la divinité «Vodun» pour lequel le couvent a été construit. Alors le couvent apparaît comme le lieu où on reçoit la formation à travers une initiation rigoureuse pour bien pratiquer et  servir la religion «Vodun».

Dans un couvent on retrouve quatre grands groupes :

  • Le collège des adeptes possédés par le «Vodun» : ils sont les plus nombreux et très respectés par tous le reste;
  • Le collège des adeptes non possédés ou en attente de l’être;
  • Le collège des prêtres du «Vodun»;
  • Le collège des laïcs qui sont les initiés à un degré inférieur et simple. Ils ne sont pas des adeptes mais ils sont au service des adeptes possédés et des «Vodun».

Temple

On n’entend par temple toute sorte d’abri sous lequel est installé un ou des pots de terre en argile cuite; une ou des statuettes ou tumulus représentant une entité «Vodun».

Il existe plusieurs types de temples. Nous avons de petits temples destinés à l’usage des individus. Que le temple soit d’utilité individuelle ou publique, il y en a qui sont construits à l’intérieur des maisons et d’autres toujours en dehors de ces dernières et jamais à l’intérieur.

Pour ce qui est des «Vodun» qui s’expriment à travers des adeptes qu’ils possèdent, les temples pendant longtemps ont été des cases circulaires construites en terre de barre couvertes de paille. Pour les badigeonner on utilise du kaolin, une forme de calcaire blanchâtre qu’on met sur la partie supérieure du mur à l’intérieur comme à l’extérieur. Pour ce qui est de la partie inférieure du mur et du sol à l’intérieur du temple on utilise pour leur revêtement une terre spéciale possédant d’énormes vertus, appelé «Agbidi» qui a une couleur noirâtre.

De nos jours ces normes ne sont plus respectées partout à cause des influences de la modernisation. On ne saurait parler de temple sans faire allusion à une exception par rapport à ce que nous avons défini jusqu’ici. Il s’agit du groupe de la divinité «Tovodun» (génie des eaux), qui utilise un temple d’une architecture particulière et unique en son genre appelé «Xoga» (Xo=case); «Ga» est le diminutif ou abréviation de «Gaga» = long (case longue). Ces temples sont effectivement très longs avec de multiples entrées précédées d’auvent.

Adepte

On entend par adepte ou «Vodunsi» (épouse ou femme du «Vodun») tout individu qui a subit une initiation pendant au moins sept mois dans un couvent. Il est ainsi préparé pour que son corps puisse habiter ou incarner l’esprit, le vodun. C’est l’individu qui n’existe plus dans son état primaire en tant qu’une entité humaine et vivante. Il a perdu tout ce qu’il a été à travers son voyage initiatique. Il revient de ce voyage apte à transposer son nouvel état dans un monde qu’il a quitté et qu’il ne reconnaît plus. Il considère cet ancien nouveau monde comme un enfer à vivre. L’initié Vodun résume sa vie en trois étapes, c’est-à-dire en trois jours qu’il est pressé de vivre : le jour blanc, le jour rouge et le jour noir.

Le jour Blanc

Il correspond à la naissance où tout vous sourit, tout est beau, il y a la joie, la gaieté, l’espérance et l’espoir. Le nouveau né a normalement les yeux tout blanc et éclatants.

Le jour Rouge

Il correspond aux difficultés de la vie où vous ressentez le dégoût, l’amertume, le désespoir, l’angoisse…

L’homme adulte a les yeux plus au moins sales qui perdent toute leur clarté de la naissance.

Le jour Noir

Il correspond à la mort, la fin de tout un processus et le commencement d’une nouvelle vie infinie et recherchée.

Ce troisième jour est l’espérance où enfin l’initié rejoint le paradis d’où il vient à travers son voyage initiatique. Le paradis tant désiré et qu’il a préparé pendant tout son séjour d’initié et au prix de beaucoup de sacrifice à travers les interdictions très difficiles à observer.

On ne saurait parler de la société et du Vodun sans jeter un regard sur les pratiques liées à la perversion humaine. En effet il ne serait pas réaliste de ne pas reconnaître l’exploitation des puissances occultes du Vodun à des fins antisociales. Les hommes étant à la recherche permanente des forces occultes pour changer le cours des évènements à leur profit, arrivent à convaincre des responsables du Vodun à faire leur volonté contre de l’argent. Ainsi toute une confusion est entretenue autour du Vodun, de la sorcellerie et de la magie. La sorcellerie et la magie sont deux concepts à action transversales au sein de toutes les sociétés humaines. Donc est sorcier ou magicien qui veut mais jamais prêtre du Vodun qui veut.

CONCLUSION

Je veux que vous constatiez avec moi que nous devons être fier de notre culture, de notre civilisation, de notre vision du monde. Je suis tenté de dire que si l’homme blanc n’était pas venu nous envahir avec ses nouvelles valeurs culturelles déjà dénaturées par les nouveaux besoins liées au développement économique, l’Afrique reprenait aisément sa place de berceau de l’humanité où tous les peuples du monde viendraient s’y ressourcer. Le vodun est diabolisé parce qu’il est victime de l’ignorance et du mépris de la part de ses détracteurs.

Le vodunsi est un croyant monothéïste et non polythéïste.



09/11/2012
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