L'EVEIL DE L'AFRIQUE

Le centre-ville de la capitale sénégalaise s’embrase : le M23 opte pour la stratégie de la terre brûlée

   
 
 

Prévue juste après la grande prière du vendredi à la Place de l’Indépendance, suivant une tradition longtemps établie dans les pays musulmans, la manifestation ne s’est pas déroulée comme prévu. Sur place, un impressionnant dispositif policier quadrillait l’ensemble des ruelles attenantes à ladite place, dont le terrifiant camion lance-eaux, le fameux « Dragon ». C’est vers 15 h 30 environ que les premières échauffourées ont débuté du côté de l’avenue Lamine Guèye. Et pour cause, le convoi d’Idrissa Seck qui filait droit vers la place de l’Indépendance est pilonné de bombes lacrymogènes. L’une d’entre elles s’est logée au 4ème étage d’un immeuble environnant qui prend feu. Le cortège s’immobilise et des manifestants s’engouffrent dans les ruelles et ripostent par des jets de pierres, non sans manquer de charger les groupuscules de policiers qui sont à court de munitions. Ceux-ci se replient dans un chassé-croisé épique avec les manifestants.

 

Quelques minutes après, Idrissa Seck arrive sur la place de l’Indépendance à bord d’une berline banalisée et s’adresse aux journalistes sur place. Il réaffirme la volonté du M23 de faire retirer la candidature « inconstitutionnelle » de Wade. Ibrahima Fall, candidat de la coalition « Taxaw Temb », arrive aussi sur les lieux et commence à s’adresser à la presse. Certainement mis au parfum du subterfuge, les policiers se dirigent vers lui et commencent à décocher des grenades lacrymogènes. Le regroupement est vite dispersé. Les manifestants de la salle de ventes sont aussi dispersés.

 

Mais bientôt, on repère un groupe assez impressionnant de manifestants du côté du rond-point Sandaga, à 200 mètres du ministère de l’Intérieur,  qui mettent le feu à tout ce qui leur tombe sous les bras : tables, morceaux de bois, pneus, tout y passe. Les forces de l’ordre rappliquent, mais les manifestants se dispersent dans les ruelles voisines. Certains d’entre eux chargent un pick-up rempli de policiers qui détalent comme des lapins sous une pluie de pierres. Bientôt, dans tout le centre-ville, des foyers s’allument, mais les manifestants ont opté, non pour la confrontation directe, mais pour la stratégie des foyers multiples et de la terre brûlée : allumer plusieurs foyers et se replier dès que les forces de l’ordre arrivent. A ce jeu, on note bientôt des blessés aussi bien chez les manifestants que chez les policiers, un journaliste étranger est même blessé à la tête par un projectile, ainsi qu’un confrère de L’Obs, Sophie Barro, blessée à la jambe. Entre 17H et 17H 30 par exemple, les manifestants se battent simultanément sur l’avenue Lamine Guèye, aux abords de la zawiya Malick Sy, vers les Madeleines et sur l’avenue Blaise Diagne. Une grenade lacrymogène casse une vitre et pénètre dans l’enceinte de la zawiya El Hadji Malick Sy, causant l’ire des croyants présents pour la « khadara ».

 

Entre-temps, le cortège de véhicules de Cheikh Bamba Dièye est intercepté du côté de la gare ferroviaire. Les bombes lacrymogènes tonnent, avant que Cheikh Bamba Dièye ne soit embarqué manu militari vers « une destination inconnue », selon ses propres termes. Les vitres d’une des voitures de son cortège volent en éclats. On ne l’apercevra que deux heures plus tard dans sa permanence, se plaignant de la violence avec laquelle ils ont été arrêtés, entraînant la blessure de deux membres de son directoire, actuellement  à l’hôpital Hoggy, ex-Cto. Vers 18h 30, les habitués de la zawiya El hadji Malick Sy refusent d’obtempérer aux injonctions des forces de l’ordre qui veulent les  empêcher de rester en ville. Excédés, ils improvisent un « khadara » en pleine rue en entonnant « Allahou wakhidoune ». Les policiers, certainement brieffés d’en haut, se replient, ce qui n’a pas pour effet de calmer les musulmans de la zawiya. Certains d’entre eux menacent de se rendre au commissariat central pour laver l’affront. La situation Vers 18h 40, Serigne Mansour Sy Djamil et Serigne Babacar Sy, petits fils d’El hadji Malick Sy, arrivent sur les lieux ; ce qui permet de calmer les musulmans qui regagnent l’enceinte de la zawiya. Du côté du commissariat central il se passe un fait plutôt cocasse. Des policiers se retranchent derrière des barrières et demandent aux journalistes présents de vider les lieux, estimant que si les manifestants parviennent au commissariat central, les forces de l’ordre ne feront plus la différence entre eux et ces derniers. Preuve que la peur, si elle n’est pas en train de changer de camp, est en passe de gagner les forces de l’ordre. 

La situation semble évoluer vers le calme lorsque vers 19h 10, on entend de nouveau des détonations sur l’avenue Lamine Guèye. Renseignement pris, le lance-eaux « Dragon » déverse sur les fidèles tidjanes de l’eau bouillante. Un quiquagénaire s’évanouit devant la zawiya. Au moment où on écrit ces lignes (19H 30), on ne sait pas si c’est la présence de Serigne Mansour Sy Djamil, un virulent opposant au régime et au 3ème mandat de Wade, qui a entrainé ce nouvel assaut des forces de l’ordre



18/02/2012
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