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L'ESCLAVAGE

L’esclavage
Aujourd’hui l’Esclavage et la Colonisation alimentent les grands débats concernant la vie de l’Afrique. Vus par certains comme un crime contre l’humanité et l’esprit de civilisation, d’autres voix s’élèvent pour demander des réparations pour leurs préjudices dus à leur impact sur la vie de l’Afrique et de l’Africain.
Prenant en compte ces réalités et voyant que le Mouvement de la Négritude est intimement liée à ces deux faits, dans cette thèse nous entrerons dans certains détails pour mieux les cerner dans ces contours et détours...
L’Afrique et l’Africain ont subit au cours de son histoire l’esclavage et la colonisation, la question qui se pose est de savoir quelle à été le comportement des Africains face à ces faits ? L’ont-ils subit passivement où ont –ils été dans une certaine mesure des complices ? Voici des questions que nous étude tentera de donner brièvement une réponse.
Nous donnerons certains détails sans pourtant faire d’emblée une étude de l’Esclavage et de la colonisation. Nous donnerons les informations nécessaires car la négritude sont liée à ces deux faits et pour la comprendre dans sa genèse, il faut nécessairement avoir une certaine connaissance plus ou moins approfondie sur l’Histoire de l’Afrique et de la vie des fils (Esclavage et Colonisation.
Ainsi dans cette thèse nous parlerons un ces deux phénomènes dans leur manifestation et mécanisme...

A-HISTORIQUE

L'esclavage caractérise le fait de priver un être humain de ses droits (droit de choisir son travail et son lieu de résidence, droit de fonder une famille et d'élever ses enfants, droit de s'instruire et de nouer des relations avec les personnes de son choix, droit de se déplacer à sa guise) et de le réduire au statut d'un bien mobilier que l'on peut acheter et vendre (les personnes emprisonnées au nom de la loi pour s'être rendues coupables d'un crime ou d'un délit n'entrent pas dans cette définition).
L'esclavage semble avoir été ignoré des sociétés primitives de nomades, de chasseurs et de cueilleurs. Les sociétés de cette sorte qui subsistent en Amazonie ou en Papouasie l'ignorent également.
Il est apparu avec la sédentarisation des humains dans les villes et avec le développement de l'agriculture et de l'élevage. Les guerres pour l'appropriation des terres et des troupeaux procurèrent des captifs que l'on affectait aux travaux des champs, à la garde des troupeaux ainsi qu'aux tâches domestiques, au pompage d’eau…
 C'est ainsi qu'au cours du dernier millénaire avant Jésus-Christ, la pratique de l'esclavage devient commune à toute l'humanité, mis à part quelques tribus reculées de l'Âge de pierre. Concernant l’Afrique, isolée du monde méditerranéen depuis sept ou huit millénaires en raison de l'assèchement du Sahara, l'Afrique noire a ignoré jusqu'à l'ère contemporaine la propriété foncière.
La terre étant propriété commune, l'enrichissement et l'élévation sociale dépendaient dans ces sociétés africaines de la possibilité de cultiver un maximum de surface. D'où l'intérêt de disposer d'une main-d’œuvre nombreuse Plus un homme possédait d'esclaves et de femmes, plus il était riche et plus il était riche, plus il était en situation d'accroître son cheptel de femmes et d'esclaves. *John Hope Franklin: de l'esclavage à la libreté D'après les récits des premiers voyageurs occidentaux qui ont visité l'Afrique noire, comme l’Ecossais Mungo Park (1771-1805), on estime qu'un quart des hommes avaient un statut d'esclave ou de travailleur forcé. Ce étaye des prisonniers de guerre ou des prisonniers pour dettes. Dans le régime polygame caractéristique de l'Afrique noire, le statut des femmes n'était guère différent de celui des esclaves. À leur entrée dans l'âge nubile, les adolescentes étaient vendues par leur propre père à leur futur maître et époux.
Elles vouaient le restant de leur vie à rembourser celui-ci de son investissement par leur travail et leurs prestations sexuelles. Ces pratiques sociales, qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours, ont offert un terreau propice au développement de la traite arabe et de la traite atlantique, autrement dit à l'exil forcé de nombreux Africains vers le monde musulman ou le monde américain. Dans notre étude à travers cette thèse, nous nous consacrerons à la traite Arabe et Atlantique qui sont deux faits importants qui explique le contexte socio historique de la naissance du Mouvement de la Négritude.

B- LA TRAITE ARABE

les musulmans envahirent l'Afrique, ils contribuèrent dans une large mesure au développement de l'esclavage noir. Les femmes venaient peupler les harems, les hommes étaient employés à des tâches militaires et serviles. Tantôt les achetant, tantôt les capturant par droit de conquête, les musulmans recrutaient des esclaves africains qu'ils expédiaient en Arabie, en Perse ou dans d'autres pays de l'Islam.
Les rois et les princes noirs convertis à l'Islam s'empressèrent d'ailleurs de prêter main forte aux Arabes en collaborant à ce commerce. Longtemps avant qu'elles aient pris l'extension que l'on sait entre les mains des Européens, beaucoup des méthodes essentielles de la traite internationale des esclaves étaient déjà en place.

1- Le Mécanisme de la traite Arabe

Dès les premiers temps de l'Islam, des caravaniers arabes ont puisé de nombreux esclaves en vue de les revendre au Moyen-Orient ou en Afrique du nord. Des chefs noirs se sont mis à leur service pour guerroyer contre leurs voisins et les ravitailler en prisonniers. Il s'en est ensuivi un trafic de 5.000 à 10.000 esclaves par an en direction des pays musulmans. En témoignage de ce trafic, le mot arabe habib qui désigne un serviteur ou un esclave, est devenu synonyme de Noir.
Les esclaves partaient vers les pays du Moyen-Orient. Là-bas, le prix des captives était plus élevé encore que dans la région subsaherienne, bien que des esclaves masculins y fussent aussi utilisés dans l'agriculture et dans les tâches militaires. Si la traite des esclaves blancs a rapidement buté sur la résistance des Européens, il n'en a pas été de même du trafic d'esclaves noirs en provenance du continent africain. La traite arabe a commencé en 652, dix ans après la mort de Mohammad (saw), lorsque le général arabe Abdallah ben Sayd a imposé aux Nubiens (les habitants de la vallée supérieure du Nil) la livraison de 360 esclaves par an.
Les spécialistes évaluent de douze à dix-huit millions d'individus le nombre d'Africains victimes de la traite arabe au cours du dernier millénaire du VIIème au XXème siècle. Ces contingents très importants de main-d’œuvre servile contribuèrent à la stagnation économique et sociale du monde musulman. Ils causèrent aussi de nombreux troubles. C'est ainsi qu'à la fin du IXème siècle, les terribles révoltes des Zenj (d'un mot arabe qui désigne les esclaves noirs), dans les marais du sud de l'Irak, entraînèrent l'empire de Bagdad sur la voie de la ruine et de la décadence. Comparée à la traite des Noirs organisée par les Européens, le trafic d'esclaves du monde musulman a démarré plutôt, a duré plus longtemps et, ce qui est plus important, a touché un plus grand nombre d'esclaves» d'après l'économiste Paul Bairoch. Celui-ci rappelle qu'il ne reste pratiquement plus de trace des esclaves noirs en terre d'Islam en raison de la généralisation de la castration (lire à ce propos Les Mille et Une Nuits !), des mauvais traitements et d'une très forte mortalité, alors que leurs descendants sont au nombre d'environ 70 millions sur le continent américain.
Il faut aussi noter qu’au XIXème siècle, des musulmans de confession chiite en provenance du Golfe persique se sont établi sur une île de l'Océan indien proche du littoral africain. Ils l'ont appelé Zanzibar (de Zenj et bahr, deux mots arabes qui signifient littoral des Noirs) et y ont créé de fructueuses plantations de girofliers sur lesquelles travaillaient des esclaves noirs du continent. Les conditions de travail y étaient épouvantables : «La mortalité était très élevée, ce qui signifie que 15 à 20% des esclaves de Zanzibar (sera entre 9.000 et 12.000 individus) devaient être remplacés chaque année», ( écrit Catherine Coquery-Vidrovitch) Très vite, Zanzibar est devenu un important marché d'exportation d'esclaves à destination du Golfe arabo-persique. Les comptes précis tenus par l'administration du sultan ont permis d'évaluer à plus de 700.000 le nombre d'esclaves qui ont transité par l'île entre 1830 et 1872. Aujourd'hui encore, les habitants noirs de Zanzibar conservent un statut de quasi-esclave.
A la fin du XIXème siècle, l'aventurier français Henri de Monfreid, auteur du fabuleux récit Les secrets de la Mer Rouge, a participé lui-même au commerce d'esclaves entre la Corne de l'Afrique et la péninsule arabe. Les colonisateurs européens ont interrompu ces pratiques au début du XXe siècle... mais ont eux-mêmes introduit en Afrique le travail forcé.

2- L'esclavage dans la société mulsuman

Il convient de remarquer cependant que, chez les musulmans, l'esclavage n'avait pas pour fin principale la production des biens générateurs de richesse. L'Arabie, la Perse ou l'Egypte ne possédaient pas d'immenses plantations de coton, de tabac ou de canne à sucre. Dans ces pays, les esclaves étaient surtout des domestiques et le volume de la demande dépendaient en grande partie de la fortune des maîtres potentiels. La possession d'esclaves n'était donc qu'un signe extérieur de richesse, et la condition d'esclave n'avait pas la dureté, la rigueur qui caractérisaient cette institution là où l'esclavage était le fondement même de la richesse. Ajoutons que les esclaves convertis à l'Islam étaient considérés comme des frères. S'ils n'étaient pas libérés pour autant des devoirs imposés par leur servitude, cela améliorait leur statut et leur conférait une dignité plus grande au sein de leurs congénères. Si ces avantages étaient bien dérisoires face à la perspective d'une servitude perpétuelle, cette considération a pu faire aux yeux des esclaves qui, en des temps plus récents, étaient soumis à un système autrement impitoyable, l'effet d'un fétu de paille auquel s'accrocher.



B- LA TRAITE ATLANTIQUE

1-Historique
Lorsque, au XVème et au XVIème siècle, les chrétiens d'Europe occidental commencèrent à s'intéresser au commerce des êtres humains, ils n'inventaient rien s'ils se montrèrent novateurs aux niveaux conceptuel et technique, ils ne faisaient que reprendre à leur compte une activité que pratiquaient les hommes depuis la nuit des temps. De ce fait, l'esclavage était chose courante dès l'aube de l'histoire de l'Afrique comme de celle d'autres continents. Certes, la cruauté et l'oppression étaient présentes ici comme ailleurs mais, dans certaines régions de l'Afrique tout au moins, l'esclavage n'avait pas de base raciale. Les Égyptiens réduisaient en esclavage tous leurs captifs qu'ils fussent sémites, méditerranéens ou Noirs de Nubie. Tout le monde sait que l'esclavage était institutionnel chez les Grecs et les Romains. Aux deux époques, un flot continu d'esclaves importés d'Asie Mineure et d'Afrique du Nord venait travailler au service de la classe dirigeante et cultiver ses champs. Mais, ni en Grèce ni à Rome, les tâches serviles n'étaient considérées comme dégradantes et les esclaves avaient, par conséquent accès à l'éducation et à la culture. Aussi n'était-il pas rare de trouver parmi eux des personnes d'une intelligence et d'une éducation ne correspondant pas à l'idée que l'on se fait généralement de l'esclave, mais ce ne fut qu'à la fin du XIVème siècle que les Européens commencèrent à importer eux-mêmes des esclaves.
Les marins espagnols et portugais explorèrent la côte africaine dans l'élan de la grande vague de l'expansionnisme européen. Ils visitèrent les Îles Canaries et mouillèrent dans d'innombrables ports jusqu'au golfe de Guinée. Partout, ils établirent des contacts avec les indigènes et étudièrent la possibilité de nouer avec eux des relations commerciales. Ils ramenèrent en Europe des Africains dont ils firent des serviteurs avec bonne conscience, convaincus qu'ils étaient de leur offrir ainsi la possibilité de renoncer au paganisme et d'embrasser la religion chrétienne. Au milieu du XVème siècle, les marchés européens regorgeaient de produits exotiques d'origine africaine: arachides, fruits, huile d'olive, or et esclaves noirs. En l'espace de quelques années, le commerce des esclaves devint un secteur apprécié et rentable du commerce européen. A l'instigation d'Henri le Navigateur, les marins et les marchands portugais se rendirent rapidement compte des avantages économiques de ce négoce. Des explorateurs intrépides, comme le Vénitien Cadamosto s'attacha au service de la cour de Lisbonne principalement à cause des fructueux débouchés que promettait le commerce des esclaves guinéens. A la mort d’Henri en 1460, le Portugal importait annuellement de sept a huit cents esclaves. La seconde moitié du XVème siècle peut être considérée comme le prélude à l'histoire de la traite. Les Européens, en particulier les Espagnols et les Portugais établirent des relations commerciales régulières avec les indigènes et installèrent des forts et des comptoirs d'où ils pourraient mener leurs affaires.
Au cours de cette période, ils prirent l'habitude de faire faire leur travail par des Noirs venus d'Afrique et cherchèrent à quelles autres tâches ils pourraient les employer. Ils entreprirent de régler entre eux la question de savoir qui participerait ou non au trafic et, dès la fin du siècle, la folle bousculade de ceux qui faisaient des pieds et des mains pour en obtenir le monopole montre bien l'importance qu'il revêtait. Au cours de la même période, enfin les Européens élaborèrent pour légitimer leur action un corps de doctrine s'appuyant sur le christianisme. Les Portugais et les Espagnols prirent la tête du mouvement en arguant de la vocation évangélique de la chrétienté pour justifier les razzias auxquelles ils se livraient sur la côte africaine.
En 1501, l'Espagne leva l'interdit qui frappait les Noirs et les autorisa à se rendre dans les territoires de la Couronne du Nouveau Monde. Balboa était accompagné de trente Noirs, parmi lesquels Nino de Olano lorsqu'il découvrit l'océan Pacifique. Cortés emmena des Noirs au Mexique et ce fut l'un d'eux qui sema et moissonna la première récolte de blé dans le Nouveau Monde. Deux cents XXX accompagnèrent Alvarado quand celui-ci mit la voile à destination de Quito et ce fut ses compagnons noirs qui portèrent le corps de Pizarro à la cathédrale de Lima après son assassinat. Ce fut aux Noirs de la suite d'Almagro et de Valdivia que les Espagnols, assiégés par les Indiens durent d'avoir la vie sauve en 1525. Les conquistadores* espagnols et portugais qui mirent pied en Amérique du Nord étaient assistés par des Noirs.
 Il y avait des Noirs avec Alarcon et Coronado lors de la conquête du Nouveau-Mexique. Des Noirs accompagnaient Narvarez en 1527 et Cabeza de Vaqua quand ils reconnurent le Sud-ouest des actuels États-Unis. L'un des explorateurs noirs les plus notoires fut Estevanico qui ouvrit la route du Nouveau-Mexique et de l'Arizona aux Espagnols. A mesure que Petit Etienne, comme l'appelaient ses camarades, s'enfonçait à l'intérieur des terres, il envoyait à sa base des croix de bois pour signaler sa progression. Leur dimension allait grandissant et, quand elles atteignirent la taille d'un homme, les Espagnols comprirent que l'explorateur noir avait remporté un grand succès. Les Indiens annoncèrent l'arrivée de Petit Etienne aux portes des sept cités fabuleuses dont on faisait des gorges chaudes. Mais, peu de temps après être entré dans la ville, Etienne fut tué par les Indiens qui l'avaient pris pour un imposteur lorsqu'il avait affirmé être l'émissaire de deux hommes blancs.

L'esclavage à la Liberté (John Hope Franklin) p 37
Malgré cet assassinat, Estevanico avait ouvert la route à la conquête du Sud-ouest par les Espagnols. Des Noirs participèrent également aux expéditions françaises dans le Nouveau Monde. Au Canada, des Noirs accompagnaient les missionnaires Jésuites. Lorsque les Français se lancèrent dans la vaste conquête de la vallée du Mississippi au XVIIème siècle, les Noirs constituaient une fraction importante des pionniers qui s'installèrent dans la région. Vers 1790, c'est un Noir de langue française Jean-Baptiste Point du Sable qui érigea la première maison sur le futur site de Chicago… Mais il faut noter qu’il n'y avait pas de Noirs avec les expéditions anglaises outre-Atlantique. Le fait que les noirs aient contribué dans une aussi large mesure à ouvrir le nouveau Monde à l'exploitation européenne n'est pas dénue d'une certaine ironie. Ce fut grâce à ces premiers pionniers que furent découvertes les possibilités que l'hémisphère occidental recelait et qui allaient alimenter l'économie de l'Europe.
Ils ouvrirent la voie à l'exploitation de l'immense richesse que promettaient la production massive et l'exportation vers l'Europe de certaines cultures alimentaires de base. Si les Noirs furent présents quand le rideau se leva sur l'aventure économique du Nouveau Monde, ils devaient par la suite jouer un rôle encore plus important dans la mise en valeur de ses ressources. Une fois condamnés à l'esclavage, ils devinrent partie intégrante de la vie économique de l'Ancien Monde comme du Nouveau Monde. Quand les pays européens entreprirent de développer ce dernier, ils s'intéressèrent au premier chef à l'exploitation de ses ressources naturelles. Ils avaient évidemment le plus grand besoin de main-d'œuvre et plus elle serait bon marché, mieux cela vaudrait.
Il était donc naturel d'avoir recours aux Indiens que l'on avait sous la main. Mais les Européens firent preuve d'une cruauté extrême à l’égard des esclaves indiens employés dans les mines de Haïti que bien peu de leurs frères survécurent aux conditions de travail qui leur étaient imposées dans les champs des Caraïbes. Le faible degré de résistance des Indiens aux maladies dont les Européens étaient porteurs ainsi que la simplicité du milieu économique dont ils étaient issus ne les préparaient guère à la discipline de la plantation, et c'est pourquoi ils furent pratiquement exclus en tant que travailleurs du système économique institué par les Européens. Nulle part l'esclavage indien ne se révéla rentable. Ainsi Il fallait se tourner vers d'autres sources de main d'œuvre si l'on voulait que le développement agricole du Nouveau Monde ne soit retardé par une pénurie de personnel. La recherche d'une main-d'œuvre appropriée et abondante devint ainsi l'une des préoccupations majeures des colons anglais et espagnols… Bien que les Africains fussent nombreux en Europe à cette époque et qu'il y en avait dans le Nouveau Monde au moins depuis 1501, il ne vint pas de prime abord à l'esprit des impérialistes européens que cette population pouvait être la solution au problème de la main-d’œuvre.
Certes, on employait des Noirs mais les colons et leurs commanditaires sur l'Ancien Continent mirent très longtemps à se rendre compte qu'ils constituaient la meilleure armée du travail possible pour les tâches à effectuer dans le nouveau Monde. On commença par faire appel aux Blancs pauvres d'Europe. Au cours de la première moitié du XVIIème siècle, ce furent ces Blancs, misérables et sans terre, qu'ils recrutèrent pour défricher les forêts et cultiver les champs. Lorsque le nombre des volontaires qui contractaient un engagement pour un certain nombre d'années s'avéra insuffisant, les Anglais recoururent à des moyens plus drastiques. Ils raflèrent dans les prisons tous les travailleurs qu'ils purent et, comme devait le dire plus tard Benjamin Franklin, les déversèrent « dans le Nouveau Monde, le rebut de l'Ancien. L'urgente nécessité dans laquelle se débattaient les Britanniques devint particulièrement évidente lorsque se multiplièrent les enlèvements d'enfants, de femmes et d'hommes en état d'ivresse. Eric Williams rapporte que les conditions dans lesquelles se fit le transport de ces gens en Amérique n'eurent rien à envier en horreur à toutes les traversées passées et futures qu'eurent à supporter d'autres groupes de déportés. Dans les colonies anglaises, de nombreux propriétaires tentèrent de réduire ces travailleurs à l'état d'esclaves. Ce ne fut que peu à peu que ces derniers acquirent un statut respectant leur dignité. L'Angleterre finit par se rendre compte que la main-d'œuvre blanche ne donnait pas entière satisfaction. On redoutait que les ouvriers blancs des colonies en viennent à s'intéresser à l'industrie plus qu'à l'agriculture au détriment de la mère patrie. En outre, malgré tous les moyens employés pour recruter les travailleurs, ceux-ci étaient en nombre insuffisant en raison des insatiables besoins en hommes des plantations de tabac, de riz et d'indigo. Les clauses des contrats d'engagement étaient une source permanente d'irritation pour toutes les parties concernées.
Non seulement les intéressés renâclaient devant l'obligation qui leur était faite de rester dans les colonies jusqu'à l'expiration de leur contrat, mais encore beaucoup allaient jusqu'à porter plainte contre leurs patrons et les capitaines des navires pour détention illégale. Nombreux étaient ceux qui s'enfuyaient et, comme d'autres individus du même acabit venaient peupler des régions encore vierges, il était de plus en plus difficile de les reprendre. Les Anglais commencèrent à se demander pourquoi se donner tant de mal avec les Blancs alors que les Noirs posaient beaucoup moins de problèmes. En raison de leur couleur; il était enfantin de remettre la main sur les évadés. De plus, on pouvait tout simplement les acheter, et cela évitait les fluctuations constantes de main-d'œuvre au sein de l'exploitation. Les Noirs, venus d'une terre païenne, ignorant des idéaux moraux du christianisme, pouvaient être soumis à une discipline rigide et abaissé moralement et spirituellement, afin d'assurer la stabilité dans la plantation. A long terme, les esclaves noirs revinrent, en fait moins cher que les travailleurs blancs et, à une époque ou les considérations économiques étaient à ce point capitales, cet argument pesait particulièrement lourd. L'esclavage noir fut donc érigé en institution et ainsi fut réglé l'un des problèmes les plus épineux auxquels était confronté le Nouveau Monde. Avec la possibilité de piocher dans les réserves humaines apparemment inépuisables de l'Afrique, les soucis de main-d'œuvre étaient écartés. Les Européens pouvaient être reconnaissants à ceux qui avaient les premiers exploré les côtes africaines et rapporté cet or noir en Europe.
C'était là la clé de l'un des problèmes les plus pressants de l'Amérique. Et c'était en même temps la mise en place d'une nouvelle et importante institution européenne: « la traite des esclaves », ultime avatar majeur, peut-être de la révolution commerciale, ce fut en soi une colossale source d'enrichissement pour ceux qui acceptèrent de se livrer au trafic d'âmes humaines. Néanmoins, ce ne fut qu'en 1517, lorsque l'évêque Bartolomé* de Las Casas incita les Espagnols à émigrer vers le Nouveau Monde en les autorisant à y emmener des esclaves africains que s'ouvrit officiellement la traite des hommes dans le Nouveau Monde. Dans son désir de soulager les Indiens de l'accablant fardeau de l'esclavage, Las Casas en venait à recommander de les remplacer par des Africains. Plus tard, il regretta profondément d'avoir adopté cette attitude et la désavoua vigoureusement. Ainsi, l'interdit condamnant l'utilisation d'Africains fut levé, et Charles II accorda à plusieurs commerçants Flamands des lettres patentes les habilitant à importer des Noirs dans les colonies espagnoles. Ce monopole était acquis aux plus offrants et il fut selon les moments, détenu par des Hollandais, des Portugais, des Français ou des Anglais.
A mesure que grandirent en taille et en importance les plantations des Antilles, la traite se développa jusqu'à devenir une immense et fructueuse entreprise employant des milliers de personnes et ou des millions de dollars de capitaux étaient engagés. En 1540, on estimait à dix mille le nombre des esclaves africains importés aux Antilles. Bien que le Portugal ait été le premier pays d'Europe à se livrer au commerce des esclaves africains, il ne fit pas partie des principaux pays auxquels ce négoce permit de réaliser de grands profits. Contrairement aux autres nations qui accordaient des monopoles à des compagnies puissantes bénéficiant du soutien de l’Etat, le Portugal préféra laisser son commerce aux mains de marchands qui ne furent pas de taille à lutter contre leurs concurrents étrangers. Ce ne fut qu'en 1692 que Lisbonne délivra une licence à la Compagnie portugaise de Cacheo.
*L'esclavage à la Liberté (John Hope Franklin) pp 33-37
Mais à cette date, plusieurs compagnies étrangères importantes avaient déjà à tel point monopolisé la traite que le Portugal ne pu guère ramasser que les miettes du festin. L'Espagne, exclue d'Afrique par l'arbitrage papal de 1493, devait se contenter d'accorder le privilège de transporter des esclaves dans ses colonies. Le commerce des hommes, qui prit de telles proportions aux XVIIème et XVIIIème siècles était en fait en très grande partie la chasse gardée de compagnies hollandaises, françaises et anglaises. Une fois libérée du joug espagnol à la fin du XVIème siècle, la Hollande se lança hardiment dans la compétition avec les autres pays d'Europe pour obtenir sa part de la richesse du Nouveau Monde. C'est ainsi que 12 à 15 millions de Noirs seront arrachés à l'Afrique.

2- Le Commerce Triangulaire
a - Le départ des négriers vers l'Afrique
Au départ, les négriers quittaient l'Europe avec des armes, du tissu, de la poudre à canon, des bijoux... Pour résumer, des richesses. Les navires négriers partaient de quatre ports: Le Havre, La Rochelle, Bordeaux et Nantes De 1715 à 1789, il y eut 1427 expéditions de négriers à partir de Nantes qui devint le premier port négrier. Ce port s'est lancé dans le commerce d'esclaves vers 1715. Cela pour répondre au besoin de main d’œuvre des colonies. L'organisation d'un voyage est la responsabilité de l'armateur. C'est lui qui fait construire, armer, et équiper le navire. Ils trouvent les gens prêts à investir de l'argent dans l'expédition, car c'est rare que quelqu'un ait assez d'argent pour le faire seul. Donc, des gens achètent des parts. S'il y a des bénéfices, ils sont partagés en fonction de la part de chacun. S'il y a des pertes, elles sont partagées de la même façon. Un armateur très connu de Nantes est Guillaume Grou. Il réalisa, avec la traite négrière, une énorme fortune dans les années 1730-1740.

b - L'achat des esclaves sur les côtes Africaines
Gorée est une petite île, longue de 900 m et large de 300 m, à trois kilomètres au large de Dakar, qui, il n'y a pas si longtemps encore, était l'un des entrepôts de la traite négrière (Gorée n'est bien sûr pas le seul endroit: d'autres villes et d'autres forts ont participé à cette traite négrière). En effet, c'est ici que les esclaves étaient achetés pour être emmenés vers le Nouveau Monde. Ces esclaves étaient amenés ici par des marchands que les Européens payaient avec de la pacotille, de la poudre, des fusils et quelques bijoux pour aller les chercher dans des villages. Dans cette jolie petite île bien abritée des alizés vinrent mouiller pendant quatre siècles, les bateaux négriers venant d'Espagne, du Portugal, de France, du Danemark, et de l'Angleterre. Les équipages arrachèrent à leurs pays les hommes et femmes les plus forts et pillèrent les richesses de l'Afrique. La maison des esclaves constitue le principal vestige de la pratique du commerce du "bois d'ébène" sur l'île. Elle servait à enfermer les Nègres en attendant que l'on vienne les chercher afin de les emmener, pour les vendre, de l'autre côté de l'Atlantique En 1978, l'île de Gorée a été inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.
 
c - La route vers le nouveau Monde
Le trajet durait 3 à 6 semaines. Dans les cales du bateau de nombreux esclaves meurent à cause des maladies qui se propagent vite car les hommes et les femmes sont serrés et entassés les uns sur les autres: il pouvait y avoir jusqu'à 600 hommes sur un bateau. En général plus des trois quarts des chargements ne résistaient pas à ce traitement Un négrier était plutôt petit. Il avait trois mats un grand, un petit et un moyen. Pour équilibrer le navire, on mettait des pierres dans le fond de la cale. C'était un bateau très rapide. Les négriers étaient attaqués par la marine de guerre anglaise car après 1807, le commerce des esclaves était devenu illégal. Pour ne pas être pris, les négriers utilisaient leurs canons. Mais si la marine anglaise était trop forte, ils jetaient parfois les esclaves à la mer. Comme ça, il n'y avait aucune preuve que les esclaves avaient été embarqués.

d - L'arrivée en Amérique
 Une fois arrivé sur les côtes américaines les esclaves survivants étaient vendus. Le prix d'un esclave était fonction de son sexe, de son âge, de son état de santé et de sa force physique. Avant la vente le marchand essayait "d'embellir" ses esclaves en les nourrissant correctement, en leur passant de l'huile sur le corps. L'acheteur, lui, cherchait les moindres imperfections pour faire baisser le prix: une dent en moins, une blessure ou une maladie quelconque entraînaient des rabais. Après s'être débarrassé de leur marchandise, (il faut savoir que les esclaves étaient considérés comme des objets) les négriers repartaient vers l'Europe, leurs navires pleins de produits tropicaux (sucre, café, tabac, coton...) qui allaient être revendus dans les pays d'Europe.

e - La vie en Amérique
Dans les colonies du Nord, les esclaves étaient utilisés à des tâches domestiques et dans le commerce. Dans les colonies du centre ils étaient davantage utilisés dans l'agriculture, et dans les colonies du Sud où dominait l'agriculture de plantations, presque tous les esclaves travaillaient dans celles-ci. Dans les plantations de coton, de café et de canne à sucre, les trois grandes plantes "esclavagistes", les conditions de vie étaient souvent atroces. Le travail épuisait les esclaves du matin tôt jusque tard dans la nuit: Aux Antilles, les esclaves étaient réveillés vers 5 h du matin par un claquement de fouet. Après la prière et l'appel c'est le départ pour les champs. A midi, ils disposent de deux heures pour préparer leur repas et manger. Puis le travail reprend jusqu'a la tombée de la nuit. Mais la journée n'est pas finie pour autant: il faut encore chercher de l'herbe pour le bétail. Ensuite seulement les esclaves peuvent rentrer dans leur case pour préparer, en famille, leur repas. Vers minuit, épuisés, ils se jettent sur leur lit pour une courte nuit de sommeil. Tout esclave souhaitait retrouver la liberté. Peu nombreux, toutefois, sont ceux qui osent tenter de s'évader. Les châtiments encourus sont terribles. Le Code noir, rédigé au temps de Colbert en 1685, punit très durement les fugitifs: " L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis sur une épaule et s'il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé et sera marqué d'une fleur de lis sur l'autre épaule ; et la troisième fois, il sera puni de mort." Ces pratiques barbares sont peu à peu abandonnées mais cela n'empêche pas les mauvais traitements. On voit se constituer des groupes de nègres marron. Le marronnage (de l'espagnol cimarron qui signifie "sauvage") désigne la fuite. On distingue le "petit marronnage", une absence de quelques jours, du "grand marronnage" qui est d'une durée beaucoup plus longue et éventuellement en bande. Les nègres marrons sont souvent repris mais ceux qui réussissaient à échapper aux recherches et battues entreprises pour les retrouver faisait perdre l'argent à leur propriétaire.

3- Le Mécanisme de la traite des esclaves

Puisque c'était l'Angleterre qui avait pris la tête de la traite des esclaves, il était dans l'ordre des choses que le mécanisme de ce trafic fut pour une grande part le fruit de son ingéniosité. L'Angleterre ne fut certes la seule à élaborer les techniques de la traite, mais l'importance de ses investissements dans cette activité et l'efficacité dont elle fit preuve firent d'elle un modèle pour les autres pays. C'est la raison pour laquelle ces techniques sont presque invariablement associées à son nom. Elles furent mises au point après des années d'essais et d'erreurs. Au XVIIIème siècle, tous les pays qui faisaient commerce avec l'Afrique suivaient des procédures bien définies. Il était indispensable de disposer de bases d'opération: des comptoirs ou factoreries sur la côte.
Ce n'était qu'une fois ces postes établis, et en aussi grand nombre que possible, que les affaires pouvaient commencer. Des navires chargés de marchandises européennes amenaient les marchands ou approvisionnaient en produits d'échange ceux qui étaient déjà sur place. Des cotonnades de toute sorte, des ustensiles en cuivre, en étain et en ivoire, des caisses de verroteries de toutes formes et de toutes tailles, des fusils, de la poudre, de l'alcool (whisky, Cognac et rhum) et diverses denrées alimen¬taires étaient les articles les plus fréquemment échangés contre des esclaves.
La valeur de la cargaison variait selon le tonnage du navire et l'époque. Il semble que la cargaison du King Salomon estimée à 4250 livres en 1720 quand il leva l'ancre a destination de Cape Castle sur la côte occidentale de l'Afrique était assez représentative. L'esclavage à la Liberté (John Hope Franklin) p 43 A chaque comptoir opéraient un certain nombre d'agents chargés d'entretenir des relations amicales avec les Africains de façon à se procurer ces esclaves. Ils représentaient leur roi et la compagnie qui les dépêchaient là-bas. Ces postes qui regorgeaient souvent de marchandises venues d'Europe étaient fortifiés et militairement protégés. On redoutait en effet les fraudeurs, les concurrents et les indigènes qui auraient pu être tentés de s'approprier de ce qu'ils convoitaient sans contrepartie. En arrivant dans un comptoir d'Afrique, le marchand com-mençait par établir des contacts à la fois avec les officiels et avec les Africains pourvoyeurs d'esclaves. La première chose à faire était de se rendre auprès du chef de la tribu pour s'entendre avec lui et obtenir la permission de travailler sur son territoire.
Une fois que les cadeaux qui lui étaient offerts avaient accompli leur œuvre de persuasion, le chef mettait différents assistants à la disposition du marchand. Le plus important était le cahoceer chargé de rassembler les esclaves qui seraient vendus au prix convenu à l'avance entre le chef et le marchand. L'étape suivante consistait à amener les captifs au marchand pour qu'il les examine. L'ache¬teur consultait alors son médecin et autres conseillers avant de se décider à la transaction. Souvent, en effet, les futurs escla¬ves avaient été si soigneusement enduits d'huile de palme qu'il était extrêmement difficile de se rendre compte de leur âge ou de leur condition physique. Les prix variaient évidemment beaucoup en fonction de l'âge et de la condition physique de l'esclave du moment où s'effectuait la vente et de la situation géographique du comptoir. Beaucoup de transactions se réduisaient au troc, mais certains documents nous apprennent qu'au milieu du XVIIIème siècle, il était courant de payer vingt livres un homme jeune et en bonne santé au Cape Castle ou dans un autre comptoir important de la côte guinéenne. Il ne faut pas s'imaginer qu'il suffisait au marchand d'esclaves d'arriver dans un port, d'embarquer un chargement d'esclaves et de repartir. En plus des nombreuses visites de courtoisie et des tractations qu'exigeait le protocole et auxquelles il se soumettait pour s'assurer la bonne volonté des chefs locaux, il était souvent difficile de trouver assez d'esclaves « convenables» pour remplir un bateau de bonne taille. Le négociant devait souvent attendre deux ou trois semaines avant qu'ait été rassemblé un lot suffisant d'esclaves pour que la négociation vaille la peine, et il n'était pas rare qu'un bateau soit obligé de faire quatre ou cinq escales pour en acheter cinq cents. Les gens du pays devaient souvent battre la campagne et employer la force pour réunir un contingent répondant aux exigences des marchands.
Il est évident que les esclaves ne provenaient pas du voisinage immédiat des comptoirs. Il fallait également un certain temps pour écouler la cargaison apportée par le bateau et embarquer les provisions nécessaires au voyage. L'expérience enseignait aux négociants quelles étaient les marchandises qui intéressaient leurs interlocuteurs, mais il arrivait parfois que celles-ci ne soient pas particulièrement appréciées là où ils réussissaient à trouver des esclaves et si d'aventure, elles leur restaient sur les bras, force leur était de les ramener en Angleterre. Quant aux provisions nécessaires à la traversée de l'Atlantique, ils se les procuraient auprès des agents de la factorerie et des habitants. Les principales provisions de bouche étaient le maïs, les haricots, les ignames, les fruits, les noix de coco et les bananes. A cela s'ajoutaient divers médicaments, dont la malaguette ou poivre de Guinée en prévision des maladies dont on était quasiment certain que les captifs souffriraient pendant le voyage.
Le dernier comptoir où il était possible de se ravitailler était Gorée, sur la côte du Sénégal. Les Africains ne se laissaient pas capturer, vendre et transporter dans le Nouveau Monde inconnu sans offrir une résistance acharnée. Des guerres féroces éclataient entre tribus lorsque les membres d'une essayaient de capturer des membres d'une autre pour les vendre aux marchands. Les prisonniers étaient toujours conduits enchaînés au comptoir, les cahoceer et les négriers s'étant vite rendus compte que sans cette précaution, ils ne manqueraient pas de s'échapper. Des gardes les escortaient jusqu'au navire et veillaient à ce qu'ils restent a bord jusqu'au moment de lever l'ancre. Les Noirs étaient si farouchement déterminés à ne pas quitter leur pays qu'ils ont souvent sauté des canots et du bateau dans la mer et sont restés sous l'eau jusqu’à être noyés pour éviter d'être repris, notait un de ces marchands. A la première occasion, si jamais il s'en présentait une, beaucoup préféraient se jeter dans la gueule des requins affamés plutôt que de partir comme esclaves. ..

4- Sans espoir de retour

Le voyage aux Amériques familièrement appelé le middle passage était un véritable cauchemar. Les navires étaient le plus souvent surchargés. Certains qui ne jaugeaient que quatre-vingt dix tonneaux transportaient 390 esclaves en plus de l'équipage et des provisions. Il devint si courant d'entasser les esclaves que le Parlement britannique estima nécessaire d'interdire le transport de plus de cinq hommes par trois tonneaux de chargement pour un bâtiment de deux cents tonneaux. Mais, comme beaucoup d'autres, cette réglementation ne fut pas appliquée. Plus les esclaves étaient nombreux plus les profits étaient grands, et rares étaient les marchands capables de résister à la tentation d'en prendre quelques-uns en surnombre.
Les malheureux avaient à peine la place de se tenir debout, de se coucher ou de s'asseoir. Enchaînés deux par deux, par les poignets et les chevilles, ils ne pouvaient faire aucun mouvement pour se dégourdir si peu que ce soit. Il ne fait pas de doute que le surpeuplement favorisait considérablement les maladies et les épidémies qui se déclaraient pendant la traversée. La variole était l'une des affections les plus redoutées de l'époque et un observateur bien informé remarquait qu'elle épargnait rarement les navires négriers. Plus redoutable encore, peut-être, était la dysenterie à laquelle échappaient apparemment les Blancs.
Elle débutait par des maux de tête et des douleurs dorsales, le malade avait des frissons, de la fièvre et des nausées. Personne, ni Blancs ni Noirs, ne savait la soigner, et son issue était le plus souvent fatale. L'esclavage à la Liberté (John Hope Franklin) p 45 La faim qui venait parfois s'ajouter aux mauvaises conditions sanitaires provoquait des maladies chez les sujets jusque-là sains. La saleté et la puanteur dues à la promiscuité et à la maladie aggravaient encore les choses et augmentaient le taux de mortalité. II n'y avait guère plus de la moitié des esclaves expédiés d'Afrique qui finissaient par être mis effectivement au travail dans le Nouveau Monde. Beaucoup de ceux qui n'avaient pas succombé ou ne s'étaient pas suicidés en sautant à la mer étaient définitivement mutilés par suite d'une maladie maligne ou estropiés à force de s'être débattus dans leurs chaînes.
Rien d'étonnant à ce qu'un marchand arrivant à la Barbade avec 372 esclaves sur les 700 qu'il avait embarqué. Les chercheurs d'or n'ont jamais à endurer l'épouvantable esclavage de ceux qui transportent des Noirs car ils connaissent répit et satisfaction tandis que ceux- ci enduraient une double peine. Leurs voyages sont nonobstant ruinés par la mortalité, et ils lamentent et se tourmentent à mort à l'idée de devoir supporter tant de peine et de se donner tant de mal pour si peu de chose. " Certes, les problèmes ne manquaient pas, dont la mortalité élevée parmi les Blancs eux-mêmes n'était pas des moindres. Mais, même en tenant compte des frais importants qu'occasionne la traite et des pertes qu'entraînait la mortalité des captifs au cours du transport, le commerce des esclaves n'en était pas moins l'une des principales sources de richesse de l'Europe au XVIIème et au XVIIIème siècle.
A la fin du XVIIIème siècle, le capitaine d'un navire négrier pouvait toucher une commission de 360 livres sur la vente de 307 esclaves, tandis que le marchand en empochait 465. Il n'était pas rare qu'un bateau transportant 250 esclaves fasse un bénéfice net de 7000 livres pour une seule traversée.
Le taux de profit des marchands de Liverpool atteignait parfois 100. Peut-être les négriers enduraient-ils bien des tribulations, mais s'ils recherchaient le gain (et quel était celui qu'animaient d'autres motifs ?), il est difficile de prendre au sérieux celui qui se plaignait de se donner tant de mal pour si peu de chose. Il est impossible de déterminer le chiffre exact des esclaves africains transportés dans le Nouveau Monde. En onze ans, de 1783 à la fin de 1793, les seuls marchands de Liverpool en importèrent 303737 et probablement un nombre égal dans les onze années qui suivirent. Avant d'atteindre son apogée à la fin du XVIIIème siècle, la traite s'était développée régulièrement tout au long des deux siècles précédents. En 1861, Edward E. Dunbar se livra à des calculs qui firent autorité au cours du siècle qui suivit.
Selon lui, 887500 esclaves ont été importés au XVIe siècle, 2750000 au XVIIème siècle, 7000000 au XVIIIème siècle et 3250000 au XIXème siècle. Ces chiffres ont été remis en cause en 1969 par Philip D. Curtin. En s'appuyant sur une étude approfondie de documents tels que les archives des marchands d'esclaves, les états des importations et des populations d'esclaves à différentes époques, les origines régionales et ethniques des esclaves débarqués au Nouveau Monde, etc., Curtin a estimé que 241400 esclaves avaient été importés au XVIème siècle, 1341100 au XVIIème siècle, 6051700 entre 1701 et 1810, et 1898400 entre 1810 et 1870.
Il a évalué le nombre global d'esclaves importés de 1451 à 1870 à 9566100. Si l'on songe à la multitude de ceux qui ont péri en tentant de résister à la capture, de ceux qui ont succombé pendant la traversée et des millions qui sont arrivés vivants aux Amériques, le total atteint des proportions effarantes. Ces chiffres de Curtin, témoignent des fabuleux profits retirés de ce commerce sordide"de la façon impitoyable dont il a été mené et des immenses besoins en main-d'œuvre des colons du Nouveau Monde. Il est plus malaisé de mesurer les conséquences de la traite sur la vie africaine que de calculer le nombre de personnes qui ont été enlevées. L'expatriation de millions d'Africains en moins de quatre siècles représente une des révolutions sociales les plus lourdes de conséquences et les plus formidables de l'histoire.

5-Le Plan du Brookes

A) pont inférieur
B) pont inférieur vu en plan,
C) soute des hommes,
D) plates-formes soute des hommes, 
E) soute des enfants,
F) plates formes soute des enfants,
G) soute des femmes,
H) plates-formes soute des femmes,
I) salie des canons,
K) gaillard d'arrière.
L) cabine,
M) demi-pont,
N) plates-formes demi-pontt
0) cale,
P) pont supérieur coupe longitudinale,
Q) coupe transversale de la soute des hommes,
R) coupe transversale de la soute des femmes,
S) pont inférieur, avec les plates-formes,
V) pont inférieur sans les plates-formes,
VI) demi-pont avec les plates-formes,
VII) demi-pontt sans les plates-formes.

(NDL)Le Brookes, navire de 320 Tonneaux fut l'un des dix-huit vaisseaux négriers examinés en 1788 par la commission chargée de présenter des recommandations au Parlement Anglais en vue d'établir une réglementation concernant ce type de bateaux. Selon les abolitionnistes, le Brookes, destiné à recevoir 450 personnes transportaient 609 esclaves lors d'un de ses voyages. Tiré d'une brochure de Thomas Clarixson, Londres, 1839 Carnegie Institution of Washington. Ils ne prenaient que les sujets les plus sains, les plus robustes, les plus capables et les plus avancés sur le plan culturel. La chasse aux esclaves était presque exclusivement circonscrite à l'Afrique occidentale, la région du continent ou la civilisation avait atteint son point culminant, à l'exception, peut-être, de L’Egypte. La déportation de la fine fleur de la population a privé l'Afrique d'une ressource inestimable.

5 Le Rôle de la Renaissance et de la Révolution commerciale dans le développement de l'Esclavage
Ce sont les forces libérées par la Renaissance et la révolution commerciale qui ont créé l'esclavage moderne et la traite. La Renaissance a apporté à l'homme une nouvelle liberté: celle de poursuivre les fins les plus favorables à l'épanouissement de son âme et de son corps. Cela devint une quête si passionnée qu'elle entraîna la destruction de coutumes et de croyances séculaires et même la disparition du droit pour les autres de poursuivre les mêmes fins pour eux-mêmes. Car il ne faut pas oublier que la notion de liberté qui se fit jour dans le monde moderne était à la limite de la licence et qu'elle engendra une situation proche de l'anarchie. Comme l'a noté W. E. B. DuBois, c'était la liberté de détruire la liberté, la liberté pour certains d'exploiter les droits des autres.
C'était, en vérité, une liberté qui ne prenait guère en compte le concept de responsabilité sociale. Si un homme était décidé à être libre, qui lui dirait qu'il n'avait pas le droit d'asservir d'autres hommes? En même temps qu'apparaîtra cette nouvelle notion de la liberté, la vie économique de l'Europe entrait dans une époque de renouveau grâce à la révolution commerciale. L'écroulement de la féodalité, la croissance des villes, l'intérêt accru pour le négoce et la prise de conscience de la force et du pouvoir du capital, tous éléments essentiels de la révolution commerciale firent naître une forme de compétition caractérisée par l'exploitation implacable de tout ce qui pouvait apparaître comme des biens économiques. L'émergence en Europe occidentale de nations puissantes (Espagne, France, Portugal, Angleterre et plus tardivement, la Hollande) fournit les instruments politiques propres ont canaliser et a orienter ces nouvelles forces.
L'esclavage à la Liberté (John Hope Franklin) p 34 L’état, tout en jouant le rôle d'arbitre a l'égard de la concurrence intérieure stimulait également la compétition entre ses nationaux et leurs rivaux étrangers. Ainsi, les pays d'Europe occidentale encourageaient-ils toutes les méthodes, quoi qu'elles fussent, et quoi qu'employaient les commerçants si elles étaient de nature à leur apporter un avantage politique ou économique sur d'autres Etats. L'esprit de la Renaissance qui donnait droit de cité à une liberté effrénée et la révolution commerciale qui mettait en œuvre des techniques d'exploitation inédites concoururent a la création de nouveaux procédés d'acquisition de la richesse et de la puissance. Parmi ceux-ci figuraient l'esclavage sous sa forme moderne et son corollaire, l'importation et l'exportation d'esclaves. Sans doute certains noirs d'Afrique vendus soit à l'Est; soit au Nord, pendant la période de domination musulmane arrivèrent-ils sur les marchés d'Europe occidentale.

6- L’Abolition de l’Esclavage

Le 2 mars 1807, les Anglais interdisent la traite atlantique, c'est-à-dire la déportation des noirs en Amérique, où ils doivent travailler sur les plantations de coton ou de canne à sucre. Trois ans plus tôt, les Danois ont montré la voie en interdisant la traite avant tout le monde. L'année suivante, en 1808, les Etats-Unis interdisent à leur tour l'importation d'esclaves en provenance d'Afrique.
Ces gouvernements agissent sous la pression d'un puissant mouvement abolitionniste inspiré par la secte des Quakers et par les «philosophes» français du XVIIIème siècle. Dès 1770, les Quakers établis en Nouvelle-Angleterre se sont interdit la possession d'esclaves. En 1788, un jeune député anglais, William Wilberforce, a créé la «Société pour l'abolition de la traite» avec le soutien de son ami, le Premier ministre William Pitt. En France, en 1789, à la veille de la Révolution, l'abbé Henri Grégoire et Brissot l'imitent en créant la «Société des Amis des Noirs».
 Prenant exemple sur l'Angleterre, les participants au Congrès de Vienne demandent le 8 février 1815 à chaque pays d'abolir la traite dans les meilleurs délais. En France, Napoléon 1er, de retour de l'île d'Elbe pour deux mois, décide d'une abolition immédiate. Sa décision est confirmée par le traité de Paris du 20 novembre 1815.
 L'Angleterre va dès lors multiplier les traités internationaux pour dénoncer la traite clandestine. Sa flotte s'autorise le «droit de visite» sur les bateaux suspects de transporter des Africains. Après l'abolition de la traite viendra enfin l'abolition de l'esclavage.
Toujours sous l'impulsion de William Wilberforce, celui-ci sera aboli en Angleterre en 1833, puis en France en 1848, aux Pays-Bas en 1859, aux Etats-Unis en 1865, au Brésilen 1888... Le paradoxe réside dans le formidable développement de la traite en même temps que l'on assiste à des prises de position hostile à l'esclavage, à la traite et que l'on s'oriente peu à peu vers la Déclaration des Droits de l'homme. On sait que l'esclavage a été aboli de nombreuses fois en 1794,1815,1848 ces dates variant d'ailleurs selon qu'il s'agissent des Antilles, de la Réunion ou de l'île Maurice par exemple. Mais on oublie que si les populations noires ont été finalement sauvées en grande partie par l'action déterminante de Victor Schoelcher (dont on entend parler à propos de Hugo et de ses Châtiments, elles ne sont pas restées passives la plupart du temps.
Ainsi il faut retenir que l'histoire de l'esclavage a été jalonnée de révoltes voire de guerres. Aussi bien à Haïti , qu'à Cuba , Saint Domingue, les révoltes sanglantes témoignent de ce que la relation entre les colonisateurs et les peuples noirs a fortiori les esclaves n'était pas une relation fondée sur le consensus. En particulier, on ignore les déchirements causés par les abolitions et les rétablissements successifs de l'esclavage. On lira à ce propos le merveilleux roman d'Alejo Carpentier Le siècle des Lumières où il évoque les soubresauts de la révolution de 1789 et de ses conséquences dans les Antilles tant françaises qu'espagnoles. Et malgré l’abolition de l’esclavage, les noirs vivaient dans l’injustice

Conclusion

La traite a duré officiellement quatre( 4 ) siècles. Les premiers négriers ont été les Arabes. Concernant l'esclavage européen, on estime a 25 millions le nombre des nègres arrivés sains et saufs en Amérique, et que pour un nègre arrivé, quatre sont mort durant le trajet. La traversée se fait dans des conditions épouvantables, morts et suicides. Les négriers choisissaient des hommes valides, dans la 25e année, ainsi que les jeunes femmes, c’est une véritable saignée dans la population. La traite négrière a été un traumatisme violent, sans précédent dans l’histoire. Les Africains déportés, pour résister culturellement dans ces conditions difficiles pratiquèrent le culte de la mémoire. Littérature, poésie de la mémoire, ou la traite tient une grande place. La traite n’a pas été l’œuvre du seul blanc, elle a été rendue possible a cette échelle par la complicité de roitelets noirs, d’où la rancœur de certains noirs américains envers les africains.
(NDL) : En encourageant les Africains à se déchirer dans des combats fratricides avec les armes à feu qu'ils leur prodiguaient, les Européens ont rendu encore plus difficile la cicatrisation de la plaie béante laissée par la traite. L'Afrique, dont le développement culturel était d'un ordre de grandeur comparable celui de l'Europe au début du XVème siècle a reçu de ses voisins chrétiens du Nord la plus funeste des influences. Ce fut dans des circonstances désastreuses qu'elle est entrée dans une phase de régression qui allait durer jusqu'à ce que l'impérialisme, en l'asservissant, lui porte le coup de grâce au XIXème siècle.



26/06/2011
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