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Grèves dans le système éducatif Abus de droit ou justes revendications

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Les enseignants des écoles maternelle, primaire et secondaire au Bénin  observent depuis la semaine dernière un mouvement de débrayage de 72 heures renouvelable jusqu'à satisfaction de leurs revendications. Les enseignants de ces ordres d'enseignement fustigent le refus du gouvernement de leur faire bénéficier du coefficient de revalorisation de 1,25 de l'indice de traitement.
La grève est l'une des armes des syndicalistes dans la revendication de leur droit. Les enseignants de la maternelle, du primaire et du secondaire, dans le souci d'une amélioration de leur salaire ont observé plusieurs semaines de grèves pour réclamer  une augmentation de 25% sur leur salaire dans le cadre de la revalorisation de la fonction enseignante. Le gouvernement du changement après maintes négociations a fini par accorder aux enseignants de ces deux ordres d'enseignement cette augmentation.   Quelques années plus tard, les agents du ministère de l'économie et des finances ont profité des mouvements de grèves observés dans le cadre de la recherche du disparu Urbain Dangnivo pour réclamer eux aussi une augmentation de leur salaire à hauteur de 25%.  
Pour arrêter la saignée, le gouvernement de Boni Yayi a cédé à la pression des syndicalistes sur le ministère des finances. La décision du gouvernement a suscité de vives tensions dans le rang des autres fonctionnaires d'Etat qui ont estimé que le gouvernement fait deux poids deux mesures en accordant le coefficient de revalorisation de 1.25 de l'indice de traitement seulement aux agents du ministère des finances. Les centrales syndicales des autres catégories de fonctionnaires y compris les enseignants ont lancé des mouvements de grève qui ont presque paralysé tout le pays. Après plusieurs jours de négociation, le gouvernement  a accepté d'étendre cette augmentation à tous les agents permanant et contractuels de l'Etat.
A cet effet, le gouvernement a pris le décret n°2011-505 du 05 aout 2011 portant institution d'un coefficient de revalorisation des indices de traitement des agents de l'Etat. Ce décret en son article 3 précise " L'application de ce coefficient de revalorisation de 1,25 de l'indice de traitement s'étendra progressivement sur une période quatre ans aux personnels agents permanents de l'Etat et agents contractuels de l'Etat des autres ministères et institution de l'Etat sur la base des indices acquis au 31 décembre 2011 ". Alors qu'ils croyaient être concernés par le présent décret, grande a été la surprise des enseignants de la maternelle, du primaire et du secondaire de constater qu'ils ne sont pas pris en compte dans son application. D'où le début d'une grogne intense.
Le gouvernement pour sa part a tenté de justifier sa position. A l'en croire, les enseignants avaient déjà bénéficié d'une augmentation de 25%  de leur salaire dans le cadre de la revalorisation de la fonction enseignante et qu'il n'est pas question qu'ils attendent bénéficier des prises dans le décret concernant les autres fonctionnaires. Des explications qui ne les auraient guère convaincus. Il n'est pas question de perdre cet avantage disent-ils. Pour se faire entendre, le front des syndicats des trois ordres d'enseignement suite à l'assemblée générale des 12 et 13 janvier 2012 a  lancé depuis la semaine dernière un mouvement de grève  de 72 heures renouvelable toutes les semaines. Il exige la prise en compte de tous les enseignants de la maternelle, du primaire et du secondaire dans l'application de la mesure de revalorisation du point indiciaire sur le salaire du mois de janvier 2012. Au regard de l'imbroglio qui entoure ce dossier, on peut sans doute dire que le gouvernement a manqué d'une petite nuance dans son décret. Sinon comment comprendre que pour un décret pris pour tous les agents de la fonction publique, une certaine catégorie se trouve être exclue. Si tant est que les enseignants de la maternelle,  du primaire  et du secondaire ne sont pas concernés par le décret pris, le gouvernement aurait pu ressortir la précision, pensent nos observateurs. Selon eux, il y a lieu de prendre avant même les négociations un nouveau décret pour corriger le tir.
En attendant, les écoliers et élèves sont abandonnés à eux même. Pas la moindre séance de cours. Mieux, les devoirs et compositions prévus pour se tenir depuis la semaine dernière sont boycottés par endroit. Là-dessus, les analystes font appel à l'esprit patriotique des enseignants qui ont choisi d'abandonner craie et stylos pour revendiquer  des droits.  A bien y voir, la satisfaction de cette revendication sera inévitablement source d'une autre revendication de la part  des autres catégories d'agents de la fonction publique qui seront  à une augmentation de 25% pendant que les enseignants en auraient 50%.  Du coup, une série de grèves perlées pourrait naître. Toute fois, cette situation pose le récurent problème d'exercice du droit de grève au Bénin. C'est pourquoi il convient de s'interroger sur la légitimité de la revendication des enseignants. Entre légitimité et abus de droit, jusqu'où iront les enseignants?  
Cosme Kèkè(journal adjinankou)



02/02/2012
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