L'EVEIL DE L'AFRIQUE

Crise sans le secteur cotonnier :Quel plan de sauvetage de la campagne ?



La question à laquelle tout le monde veut avoir une réponse urgente, est de savoir à quel plan de sauvetage il-faut recourir. Face à cette interrogation, il n’y a pas encore eu une réponse précise, même si certains avancent qu’il faut laisser l’optimisme dominer le pessimisme, suite à la rencontre de dernière chance tenue à la Primature le lundi 26 mars sous la présidence du Premier ministre Pascal Irenée Koupaki en présence de son collègue de l’Agriculture, Sabaï Katè.


Y ont pris part presque tous les acteurs intervenant dans la chaîne. Il s’agit principalement des représentants d’associations de producteurs, des importateurs d’intrants, des membres de l’Association interprofessionnelle du Coton (Aic), des cadres du ministère de l’Agriculture…etc. Au terme de plusieurs heures de discussions, le mot consensus revient sur toutes les lèvres. Déjà, les acteurs s’accordent à fixer un nouveau programme qui prend en compte les produits Tihan et Cobra, puis un 3ème dont le nom n’a pas été révélé. Seulement qu’au regard du programme initial recommandé au titre de la campagne 2012-2013, le produit EmaSuper pourrait s’ajouter aux deux autres. L’autre consensus qui se dégage, c’est que le Steward a été retiré de la circulation. Ce qu’on qualifie d’un début de dénouement de la crise. Mais le plus dur reste à venir.

Course contre la montre

Même si l’on parle de progrès, il est trop tôt de pousser un ouf de soulagement. Suite aux discussions qui ont débouché sur d’importantes résolutions à la Primature, tout le monde attend que le ministre de l’Agriculture prenne un arrêté pour fixer le programme de sauvetage. Il devrait le faire par arrêté dans un plus bref délai. Ensuite, l’Aic par le biais des commissions techniques, lancera un appel d’offres. Au lieu de 45 jours, délai habituellement fixé pour le dépôt des offres, il sera plutôt question de le réduire à quelques jours. En clair, les soumissionnaires disposeront d’un temps raisonnable pour faire leurs propositions sur la base desquelles, ils seront déclarés adjudicataires des offres. Mais déjà, des propos rassurants des importateurs d’intrants laissent croire qu’ils sont en mesure de fournir les produits en un temps record. Mais cela reste à prouver surtout quand on sait qu’ au plus tard le 15 mai dans plusieurs régions, qu’il faut semer et que les engrais doivent être appliqués deux semaines plus tôt. Avant cette étape, le mois d’avril est celui réservé à l’application des herbicides. Et après mai, interviendront les insecticides. Il est vrai qu’en ce qui concerne les engrais, le problème ne se pose pas. Mais, personne ne veut s’aventurer à s’en approvisionner, s’il n’est sûr que les autres produits seront disponibles pour continuer la production. Ce qui va également surfer sur l’agenda très serré, c’est le temps que mettront les intrants recommandés pour être disponibles sur le marché béninois. Il faut lancer la commande, attendre quelques semaines pour la réceptionner au port de Cotonou. A la suite de quoi, surviendra son acheminement à l’intérieur du pays, mieux dans les hameaux les plus reculés. C’est extrêmement compliqué. On voit bien que le sauvetage de la campagne cotonnière 2012-2013 devient une mission presque impossible. Face à ces exigences de temps, le Bénin n’est vraiment pas à l’abri d’une année blanche cotonnière. Sauf miracle. Mais la terre ne ment pas et le coton est quelque chose qu’on ne peut laisser à celui qui ne s’y connait pas.

De lourdes conséquences

Les réformes entreprises depuis peu au Bénin pour booster la filière cotonnière ont tôt suscité espoir et confiance dans le rang des producteurs. La pente remontée pour atteindre des performances inégalées situées entre 400 000 et 450 000 tonnes de l’or blanc, se raidit sous la menace d’une « année blanche cotonnière » qui pointe à l’horizon. Et pour cause ! Le retour des vieux démons avec l’épineux problème de la non-disponibilité à temps des intrants et insecticides. Pour mémoire, plusieurs producteurs et égreneurs ont par le passé abandonné le secteur cotonnier pour d’autres filières, à cause des désagréments liés aux endettements et à la non-rentabilité de leur production. Néanmoins, ces derniers se sont ravisés pour reprendre la culture de l’or blanc à bras le corps, à cause de la confiance retrouvée, grâce à l’aplanissement des divergences et au recul des problèmes qu’ils connaissent. Paradoxalement, la campagne 2012-2013 qui, selon le gouvernement, devrait permettre de toucher le plafond des 400 000 tonnes, grâce aux réformes opérées, a été lancée le week-end écoulé sur fond de grogne et d’alerte de la part des « cotonculteurs ». En effet, des voix s’élèvent pour tirer la sonnette d’alarme et alerter sur les risques de « l’année blanche » encourus. Ceci à cause de la suspension du processus d’acquisition d’intrants par le ministre de l’Agriculture. Si la situation reste sans solution, le président du Conseil consultatif national des producteurs de coton (Ccnpc), Bio Tourou Bani Gouda, évoque les conséquences économiques et sociales qu’elle pourrait occasionner. L’année blanche cotonnière selon lui, conduira à la fermeture des usines d’égrenage et de transformation du coton graines et à l’allongement de la liste des chômeurs. Par conséquent, les efforts consentis afin de permettre aux acteurs de la filière de vivre de leur produit se révèleront vains et entraineront une série d’effets contagieux dont la baisse du pouvoir d’achat, le ralentissement de la consommation et la ruée vers d’autres cultures avec le risque d’un impact direct sur le marché dans les régions à fort taux de production. Au niveau de la production par contre, il faudra attendre, si c’était le cas, quatre années avant de relancer la filière car, pour espérer une bonne qualité de coton graine à exploiter les campagnes suivantes, il faut avoir semé de bonnes graines de coton.

Serge Adanlao (Stag) LE MATINAL



28/03/2012
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