L'EVEIL DE L'AFRIQUE

CONTRIBUTION Oui ! «S’il n y a rien à faire en Europe», que peut –on attendre de nos pays ?

 

En Europe, les conditions de vie et de travail des migrants n’ont jamais été faciles. Que cela soit bien avant la «crise économique» tant décriée ou actuellement en pleine récession. Malheureusement, le vieillissement de la population européenne en général et les exigences d’une économie consommatrice à outrance nous ont (nous autres immigrés) longtemps spoliés. Ces facteurs ont «ouvert» les portes migratoires aux ressortissants des pays en voie développement pour boucher les niches en main d’œuvre pour des secteurs qui auparavant n´exigeaient point de qualification comme la construction et l’agriculture, entre autres.


CONTRIBUTION Oui ! «S’il n y a rien à faire en Europe», que peut –on  attendre de nos pays ?
Considérée moins exigeante, la main d’œuvre que sous sommes devint un instrument de régulation des coûts de production. Elle garantit des bénéfices colossaux aux entreprises occidentales qui piétinent les droits sociaux parfois avec une complicité à tous les niveaux institutionnels. Cette force de travail que nous représentons arrive jeune. Elle est saine et parfois bien formée. Malheureusement, elle n’est perçue que par sa dimension productrice et non par sa contribution dans les différents systèmes sociaux des pays dit «hôtes», termes que nous immigré/es récusons d´ailleurs. Pendant longtemps, l’intérêt pour la force de travail a prévalu sur la dimension humaine au point que les conditions de régularisation pour le séjour légal, les regroupements familiaux se sont toujours heurtés aux lois discriminatoires, parfois même «eurocentristes» ou « atlantistes » (pour ne prendre ici que les exemples de l´Europe et de l´Amérique du Nord) qui criminalisent la migration et rendent difficiles les processus d’insertion à la société de réception.
Avec le temps, les luttes et revendications citoyennes ont permis, malgré les difficultés d’ordre administratives et policières, l’installation et l’hébergement de émigrés/es sénégalais/es dans des pays comme la France, l´Italie et récemment en Espagne. Avec la force des choses et tant que l´économie tournait en boucle avec des signaux positifs, les immigré/es, eux-mêmes, se sont vus adulés, choyés, poussés à écrire et à exécuter dans leurs pays d´origine des projets de codéveloppement. En un mot, l´immigré était devenu cette sorte «d´agent en puissance» qui pourrait négocier tout, obtenir tout tant et si bien que le concept de codéveloppement arrivait à couvrir tout. L´accueil dans les différents secteurs du marché de travail les avaient converti comme véritables agents de développement transnationaux (c´est-a-dire qui faisaient le relais des institutions «riches» du Nord, aux sociétés «appauvries» du Sud). Cela se dénote évidemment par le soutien qu’ils apportent à leurs familles et à la communauté sénégalaise en général. On peut affirmer sans risque de se tromper que sans eux beaucoup de foyers verraient leurs marmites “rentrer au paradis” c’est à dire rester sans chauffer.
Il n y a pas de doute que les “modou modou» ou “fatou fatou” comme on a l’habitude de les appeler, tout en s’accommodant aux «privilèges» (d´ailleurs discutables) des pays d’accueil , ont toujours gardé cette relation d’amour et de solidarité avec le pays d´origine par leur envois d´argent, de propositions et d´idées (savoir et savoir faire acquis au long du cycle migratoire). Cette contribution socio économique unanimement reconnue par les experts (pas besoin de citer ici des noms ou des études ; pour exemple, tous les rapports de la Banque Mondiale en font mention) souffre aujourd’hui tant soit peu d´une baisse à cause de la soi- distante crise dont la responsabilité est attribuée aux puissantes banques, mais non aux immigrés.
En ces moments de crise, à part l’effort fourni pour maintenir la régularité de leur apport financier à leurs familles, ces dignes ambassadeurs et ambassadrices font front à des situations émotionnelles d’incertitude, de stress surtout en Europe où la crise est entrée dans une spirale sans contrôle. Aujourd’hui, aussi bien en Europe qu´en Afrique, la situation de crise est mal gérée. Certains courants de pensées en Europe, par tous les moyens, essaient de rendre responsables de tous les maux les immigré/es qui n’en sont pourtant que des victimes. Les parties politiques et mouvements d’extrême droite gagnent du terrain et parfois entrainent les partis dits de centre-droit à prendre comme cibles les migrants pour ne pas perdre de votes ou en gagner. Les discours de Marine Le Pen en France font parfois froid au dos et il n´est pas exclu que cette Dame engrange des voix importantes dans les prochaines élections présidentielles. Coté africain, rien n´est envisagée au cas où nous immigré/es serions confrontés à une telle élection d´une «frontiste» à la tête de la France un jour. Qu´est ce que d´ailleurs nos gouvernants africains prévoient en cas de large votation (48% des voix au Front National par exemple) au lendemain des élections en France ? Que faire si le Front National obtienne une bonne majorité à l´Assemblée française et devienne incontournable quant il s´agit de voter les des lois migratoires en France ?
Actuellement, avec la gravité de la crise qui sévit depuis 2008 dans les pays comme l’Espagne et l’Italie, on note une recrudescence de tensions qui se sont soldées par des attaques xénophobes et racistes de particulier à particulier. Un de nos frères a été lâchement tué récemment en Espagne précisément à Barcelone dans le quartier de Besós. A l´échelle de l´Europe, on assiste à des contrôles policiers totalement discriminatoires exercés sur la communauté africaine certes pour remplir le quota des chiffres prévus dans les programme de réadmission. Comble du ridicule, certains Etats africains (dont le Sénégal) ont signé ou envisagent de signer des accords de réadmission dans le cadre des programmes de coopération. Ceci constitue un signe clair d’instrumentalisation de la dimension politique du binôme migration-développement.
La situation actuelle nous met ainsi devant un scenario un peu plus cocasse de cohabitation difficile, après l´échec tout azimut des politiques d´intégration. Certains Européens/es, en perte de «classe» et de «statut» se sont mis à indexer les migrants comme des boucs-émissaires. Il faut lire sur Internet les commentaires qui suivent après chaque forfaits, chaque délit criminel commis par un immigré/e africain/e ou un/e descendant/e africain/e basé/e en Europe pour se rendre compte parfois de la haine et des accusations gratuites qui se trament derrière le clavier et auxquelles s´adonnent un grand nombre d´internautes. Un exemple illustratif est le coup de gueule qu´est en train de subir Mme Rama Yade en France ! Les derniers meurtres des sénégalais en Espagne et en Italie représentent le reflet d’une société en crise, en perte de repères et où les tensions ne sont pas discutées ouvertement. Et si elles le sont, elles le sont avec beaucoup d´hypocrisie ! Nous rappelons ici que nous tous immigré/es et «hôtes», nous sommes assis sur un volcan en sommeil. Les valeurs se dégradent (même parmi les immigré/es africain/es souvent taxé/es à tort d´être plus solidaires que les autres communautés !) et mettent en danger la cohésion sociale qui était en construction avec l’effort de tous.
Les tristes événements, vécus en Espagne et en Italie, doivent donc nous amener à une réflexion profonde et sérieuse sur quel type de société nous voulons évidemment émigrer. Nous ne pensons pas que la réaction responsable soit suivre les passions et oublier la raison; mais aussi, il n’est pas question de prendre à la légère ce qui s’est passé dans les deux pays cités qui «hébergent» une forte communauté sénégalaise. Au contraire, il faut le prendre très au sérieux, car ce sont des faits qui se répètent. Les sociologues et les législateurs sénégalais d´ailleurs doivent être alertes et ne doivent pas minimiser ces actes comme des actes tout simplement isolés. Le vers est dans le fruit. Il faudrait oser l´extraire, le soupeser avec nos tenailles, l´étudier à fond et puis l´analyser. D’où, s’imposent une réflexion de fond de tous et toutes pour apporter une réponse globale, politiquement viable et socialement cohérente. La réponse n’est pas non plus de demander au sénégalais/es de revenir au bercail comme l’a suggéré récemment la Ministre des Sénégalais de l’Extérieur
C’est trop facile de verser dans un tel simplissime et de dire que «l’Europe est fini, il faut rentrer et travailler au pays !». Oui ! Et après ? Qu´attendons du gouvernement du Sénégal si tout le monde rentre ? Et si un tel phénomène improbable (car les migrations sont naturelles avant tout !) se produisait, quelles sont les mesures que le Sénégal prendra en avance ? Peut-on prétendre que tous les migrants sénégalais basés à l´extérieur rentrent si nous ne pouvons pas solutionner l´exode rural dans nos villes ? Les «conditions d’expulsion» qui avaient fait que les sénégalais/es quittent le Sénégal n’ont pas du tout changé même si on veut nous faire croire qu’il ya des changements importants au pays. Ce qui est certes vrai au vu de certaines réalisations et de certaines initiatives nouvelles. Les décisions d’émigrer étant dans certains cas à la fois collectives et individuelles, le retour aussi doit être abordé sans oublier la dimension familiale et sociale et surtout les répercussions économiques et «sociétales» que cela va engendrer. Non Madame le Ministre, nous n´allons pas rentré en masse, sauf si des conditions de retour garanties sont mises à notre disposition. Quand Israël a voulu que la Diaspora juive rentre au bercail, l´Etat hébreu a organisé les conditions «normales» du retour des Juifs en Israël. Le même exemple pourrait être donné avec les Falachas éthiopiens accueillis en Israël. Donc tant qu´il n y a pas de moyens, nous resterons la où nous sommes et défendrons la thèse de la migration naturelle! Nous continuerons cependant d´investir au Sénégal, de rendre visite à nos familles de temps à temps, d´envoyer nos idées comme nous l´avons toujours fait !
Certes le contexte politique du Sénégal de veille d’élections est déterminant pour l’avenir du pays et c´est pourquoi tout le monde courtise la diaspora. Nous le comprenons mais aussi nous ne sont pas dupes et savons faire la différence entre la démagogie et la prise en charge de la réalité migratoire comme une question nationale. Comme acteurs transnationaux, cela doit nous amener à interpeler encore une fois la classe politique sur la question des migrations. Dans un futur postélectoral très proche, il ne serait pas mauvais de convoquer des Etats Généraux sur les Migrations et donner la question à de sérieux experts et immigré/es rompus en la matière et ne pas uniquement politiser tout. La question des migrations au Sénégal étant très sérieuse, la nation toute entière doit ainsi partager la réflexion et apporter des propositions de solutions.

Amadou Bocar Sam,
Président de la CASC-Plateforme des Associations Sénégalaises en catalogne ; membre fondateur de la FES-Fondation des Emigres Sénégalais


18/02/2012
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