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congo kinsasha:POLITIQUE NATIONALE Selon Transparency international «La corruption est profondément ancrée dans la société en RDC» Par Faustin Kuediasala

 

Classée dans Global peace index parmi les 10 pays les plus dangereux de l’Afrique, la RDC n’a pas échappé quant au degré de corruption de sa société. En 2011, elle est également sur la liste de dix plus grands corrompus de l’Afrique, selon Transparency international. En RDC, la lutte contre la corruption doit, pour être efficace, dépasser le cadre intentionnel de slogan.

Après Global peace index qui a placé la RDC au top 10 des pays les plus dangereux de l’Afrique, Transparency international vient de lui emboîter le pas en l’alignant parmi les 10 pays africains qui battent le record en matière de corruption. Ce qui remet en cause toutes les initiatives déployées sur le terrain pour venir à bout de ce fléau, dont la toute dernière en date est la campagne « Tolérance zéro ».

Décidément, dans la société congolaise, la corruption passe pour une vraie gangrène, un mal profond qui ronge l’ensemble de la société congolais. Aucun secteur de la vie nationale n’est épargné par ce phénomène. Au public comme dans le privé, la corruption est bien là. C’est devenu presque institutionnalisé.

Même si Transparency International insiste sur le fait qu’elle ne mesure pas la corruption mais plutôt sa perception, ses conclusions paraissent néanmoins comme une véritable interpellation pour une société qui veut se reconstruire.

D’après ce rapport de Transparency international, les pays africains sont énormément touchés par la corruption. Nombreux sont ceux qui stagnent au fond du classement. Parmi eux, la Somalie touche le fond. Transparency international a publié ce rapport en décembre 2011 qui classe 185 pays en fonction de la perception de la corruption. Elle a établi le classement IPC (Indice de perception de la corruption) grâce aux données de dix-sept études provenant de treize institutions indépendantes.

L’ONG a attribué des notes de 0 à 10, 0 étant le plus faible niveau d’intégrité des pays. La grille de critère est ciblée : accès à l’information, renforcement des lois anti-corruption, pots-de-vin au cours d’acquisitions publiques, corruption officielle…

L’ennemi invisible

En RDC, la corruption paraît comme un ennemi invisible. Elle est là, bien enracinée dans nos mœurs. Tout le monde le voit, tout le monde le sent également. Mais, personne ne le dénonce. Parce que, c’est pratiquement, toute la société qui vit avec, si bien que même dans les endroits censés être les plus sacrés tels que les églises, les écoles, les universités, le Parlement, etc., la corruption a eu droit de cité. Nul n’ignore le contexte dans lequel certaines lois ont été adoptées au Parlement ou comment certaines dignitaires ont pu échapper à une motion de déchéance ? Là encore, c’est la corruption qui a fait le reste pour les tirer du gouffre.

Qui pis est, dans l’administration, elle s’est érigée en mode de fonctionnement. Et que fait l’Etat pendant tout ce temps ? Rien du tout. L’on s’en plaint, sans véritablement se déployer pour extirper ce mal de la société congolaise.

D’où, la conclusion de Transparency international : « La corruption est profondément ancrée dans la société en RDC ». Transparency se réfère, à ce propos, à une étude réalisée par Oasis Kodila Tedika, économiste congolais et analyste sur unmondelibre.org. Dans une étude portant sur la corruption, Oasis Kodila est arrivé à la conclusion selon laquelle 55% des recettes du Trésor public se volatilisent à cause de la corruption. Comme il le souligne, rappelle Transparency international, elle s’est inscrite dans les mœurs et touche la population à tout moment du quotidien.

Sans être exhaustif, Oasis Kodila Tedika a pris l’exemple-phare la situation des transports en RDC, un secteur où la corruption ne se fait plus à découvert, conséquence directe de la précarité qui ronge une frange importante de la société congolaise. En effet, notait l’économiste, les taxis et taxis-bus sont contraints de payer régulièrement les forces de l’ordre pour pouvoir circuler : pour un simple contrôle de véhicule ou un droit de passage. 8% des recettes journalières sont prélevées, ce qui constitue une perte pouvant aller jusqu’à 60% de leur revenu moyen. En plus des retombées économiques, ce phénomène influe sur le trafic et crée un déséquilibre sur les transports en commun : embouteillages, contournements d’itinéraires…

Dépasser le cap de slogan

La lutte contre la corruption exige une réelle volonté politique et un engagement au plus haut niveau de l’Etat. C’est sans doute dans cet esprit qu’a été initié la campagne « Tolérance zéro ». Mais, pour quel résultat ? Car, la campagne n’a pas franchi le seuil du labo politique où elle a été conçue. L’après-campagne est un copier-coller de ce qui se faisait avant, avec un peu plus d’ampleur même. Comme avec la théorie de la sélection naturelle de Darwin, les corrupteurs et les corrompus ont développé de nouveaux mécanismes de résistance, beaucoup plus aptes à contourner le dispositif de répression mis en place par l’Etat.

Ainsi, chaque fois que l’Etat se lance dans une initiative de lutte contre la corruption, ça se termine généralement en queue de poisson, parce que ceux qui doivent entretenir la machine de la répression se retrouvent curieusement dans les deux tableaux. Et, dit une vieille sagesse, «on ne scie jamais l’arbre sur lequel on est assis ». En lieu et de place de lutter contre la corruption, l’on a plutôt mis en place un dispositif pour affaiblir la machine de répression. C’est cela la RDC.

L’on ne peut donc pas s’étonner que la RDC se retrouve une fois parmi les pays africains les plus corrompus, partageant ce podium de la honte avec des pays tels que la Somalie, le Soudan, la Guinée équatoriale, le Burundi, La Libye, le Tchad, l’Angola, la Guinée/Conakry et le Zimbabwe

Aux sources de la croissance indienne

C’est désormais un lieu commun d’affirmer que l’émergence de l’Inde va changer la face du monde économique et géopolitique. Depuis plusieurs années, en effet, l’économie indienne enregistre des performances exceptionnelles. De pays très pauvre, cette zone est devenue l’une des plus dynamiques du monde : la richesse moyenne par habitant y a presque quintuplé en vingt ans (en dollars courants).

Les économistes s’accordent sur les causes de ce décollage. Après une crise majeure de balance des paiements en 1991, le gouvernement de P.V. Narasimha Rao a entrepris une série de réformes radicales visant à libéraliser l’économie, tant sur le plan interne qu’externe. Sur le plan interne, les principales restrictions légales à la concurrence ont été supprimées dès 1991 : abolition des licences industrielles et des monopoles d’Etat dans les industries clés.

Sur le plan externe, des réformes graduelles ont été mises en place pour ouvrir l’économie. Alors que le taux maximum de droit de douane sur les produits non agricoles atteignait 355% en 1990, il est passé à 50% en 1995 et à 10% en 2008. Les exportations ont également été déréglementées : le nombre de produits sujets à des interdictions d’exportation est passé de 185 en 1991 à 16 en 1992. Quant au secteur des services, le gouvernement l’a peu à peu libéralisé en permettant aux firmes étrangères d’y investir leurs capitaux. Il est désormais largement accepté que ces réformes ont eu un impact positif sur l’économie indienne en libérant les forces productives et en rompant avec vingt ans de planisme.

Pourtant, quelques voix dissidentes contestent cette analyse. En effet, deux séries de critiques ont été avancées. La première, associée à Dani Rodrik et Arvind Subramanian, consiste à nier que les réformes de la décennie 1990 aient causé le décollage indien. Selon ces deux auteurs, la croissance indienne aurait décollé durant la décennie 1980, c'est-à-dire avant la mise en place des politiques libérales. Par conséquent, ces politiques ne peuvent pas être à l’origine de l’essor économique. Cet essor, selon eux, s’expliquerait plutôt par une attitude plus favorable vis-à-vis des entreprises en place, sous les gouvernements successifs d’Indira Gandhi et de Rajiv Gandhi.

Pour plausible que cette critique soit au regard des chiffres de la croissance (le taux de croissance annuel moyen de la décennie 1980 est proche du taux de la décennie 1990), elle ne résiste pas à l’analyse. La croissance des années 1980 a été principalement tirée par des politiques fiscales expansionnistes financées, entre autres, par emprunts de capitaux étrangers. Ce comportement prodigue de la part du gouvernement a conduit à une accumulation insoutenable de dette étrangère, et à la crise de la balance des paiements de 1991. La croissance des années 1990 et 2000, en comparaison, a été bien plus stable du fait des réformes structurelles accomplies.

Une deuxième série de critiques provient du mouvement altermondialiste et des intellectuels qui lui sont associés. Bien qu’ils reconnaissent l’impact positif des réformes sur la croissance du PIB, ils dénoncent le bilan social de ces changements. Selon eux, les réformes libérales auraient conduit à un accroissement de la pauvreté et de la précarité, notamment en milieu rural.

L’analyse des données les plus récentes réfute ces craintes. Le pourcentage de la population rurale vivant sous le seuil national de pauvreté est passé de 39,1% à la fin des années 1980 à 27,1% en 2000. Sur l’ensemble de la population, et sur la même période, le nombre d’individus pauvres est passé de 320 millions à 260 millions d’individus soit l'équivalent de la population d'un pays comme la France. Les indicateurs de développement humain se sont eux aussi améliorés. Selon Arvind Panagariya, « des progrès considérables ont été réalisés concernant l’augmentation du niveau d’éducation et l’élimination des inégalités filles-garçons d’accès à l’école». Le ratio fille/garçon ayant accès à l’éducation primaire est passé de 0,76 en 1990 à 0,94 en 2002.

Certes, l’Inde n’est pas encore un idéal de liberté économique : les secteurs agricoles et électriques restent très réglementés, l’Etat est encore le producteur inefficace de nombre de services sociaux (santé, éducation…), certaines barrières au commerce extérieur subsistent… Toutefois, l’importance des avancées réalisées jusqu’à présent ne doit pas être minimisée : une leçon pour l'Afrique.

Geoffroy Helgé, économiste



16/03/2012
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