L'EVEIL DE L'AFRIQUE

BENIN;Plume libre : Le choc des slogans !



La vie politique désormais rythmée par les formules électorales scandées dans les chapelles, plonge la nation dans une ambiance préélectorale. Au loin, 2016 envoie ses signaux que quelques écuries captent pour mieux se connecter à l’enjeu et s’adapter à la cadence. Sans l’illusion d’avoir le monopole des slogans, la mouvance Yayi a lancé son fameux « après nous, c’est nous ». Le relais oppositionnel vient du Parti du renouveau démocratique (Prd) avec le « après vous, sans vous ». La guerre des slogans aura lieu. On se délecte déjà de cet avant-goût du tumulte saisissable dont se sert la démocratie pour se consolider.
Ce n’est certes pas la grande effervescence, mais la campagne de 2016 réserve de grosses sensations. Le réflexe des cauris fait école et on s’attend à un déluge de slogans dans la veine des vocations de succession. Aux volontés de continuité dans le changement, s’opposent celles de l’alternance. Et le « après nous, c’est nous » est théoriquement en butte à cet « après vous, sans vous ». Au cœur de l’exercice politique se trouve l’après Yayi. Le nous et le vous remuent le pathos démocratique dans l’ambiance de fin de mandat
Les signes avant-coureurs de chaudes joutes envahissent désormais le marécage politique même si la contagion de l’engagement n’a pas encore atteint l’ensemble des forces de l’opposition. Les cauris et le Prd sont en mode slogan dans cette nécessité d’afficher dans le champ politique une identité attractive. On n’est pas surpris par le grain d’imaginaire, d’émotionnel et d’agressivité qui traverse en permanence l’activité politique>

A chacun son slogan. Sans des références à des valeurs, des convictions et des principes, les maîtres de slogans courent le risque de n’être que des joueurs des flûtes. En attendant la grande bataille des slogans, le choc cauri-arc-en-ciel fait des étincelles. Mais la rhétorique politique utilisée paraît tendancieuse.
« Après nous, c’est nous ». Slogan aussi prétentieux que vaniteux. Les cauris croient détenir le titre foncier du pays. On n’est pas dans une royauté où les membres du clan se succèdent sur le trône. Après deux mandats et donc dix ans au pouvoir, la mouvance Yayi tarde à se rendre à l’évidence que l’alternance est le substrat de la démocratie. Ce pompeux « après nous, c’est nous », royalement scandé sans répit porte les germes de l’illusion. L’assurance que ce slogan dégage, traîne un mystère politique que même le cours irrémissible de l’actualité de fin de mandat ne permet d’élucider. Ce « nous » qui croit déjà avoir 2016 en poche fait de l’exhibition précoce et joue les éternels maîtres du pays, indétrônables et intouchables.
La réponse au slogan du yayisme n’est malheureusement qu’un jet primitif sorti de l’université de vacances d’Atchoukpa. Le Prd y a lancé son « Après vous, sans vous ». Ce slogan traîne une plaie congénitale : le manque d’originalité. Inspirée de la formule cauri, la réaction semble porter des grains du primitif et les semences de l’exclusion. C’est un slogan mal mûri dont le support doctrinal reste fragile.
L’enjeu de la présidentielle est immuable : l’avenir de la nation. Sûr que des mouvanciers d’aujourd’hui se retrouveront encore dans la mouvance de demain et des opposants d’aujourd’hui retrouveront le cercle du pouvoir. Cet « après nous, c’est nous » et cet « après vous, sans vous » sont potentiellement subversifs. A la mise en lumière par les cauris de leur ambition, s’oppose le glaive d’un Prd engagé dans un inquiétant « après vous, sans vous ».
La logique des deux slogans façonne les ambitions pour 2016. Si les cauris vivent pleinement leur rêve de convertir le Palais en patrimoine politique, le Prd, en revanche, paraît moins rationnel. Le « après vous, sans vous » lui permet de cibler l’actuelle mouvance, mais le slogan de l’exclusion est loin de le mettre lui-même au cœur de la prochaine mouvance. Car, le « après vous, sans vous » prouve qu’il n’est pas préoccupé par son propre avenir.
Nous voici dans ce que Georges Simmel qualifie d’« excitation stérile ». Deux slogans, deux forces politiques et un dénominateur commun : l’excès dans les formules. Mais leur mérite est de semer l’ambiance de fin de règne.


Ospice Gbaguidi



01/10/2014
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